La BEAC laisse ses taux inchangés
24 mars 2010
Le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) a tenu sa première réunion ordinaire de l’année, le vendredi 19 mars 2010 au Siège de la BEAC à Yaoundé (République du Cameroun).
Le CPM a passé en revue les dernières informations sur la situation économique et monétaire de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) au cours de l’année 2009. Il a ainsi relevé le ralentissement prononcé de l’activité économique, et particulièrement dans les secteurs d’exportation, consécutivement à l’impact récessif de la crise internationale.
En effet, la croissance du PIB s’est située à 2%, contre 4% en 2008, et les comptes budgétaires et extérieurs se sont fortement dégradés. Par contre, les tensions inflationnistes se sont sensiblement repliées, à 4,3% , comparées à 5,9% en 2008, en relation avec les reflux des prix mondiaux, et le taux de couverture extérieure de la monnaie est demeuré confortable, autour de 100%. Pour l’année 2010, en rapport notamment avec le redressement de l’économie mondiale, les perspectives macroéconomiques de la CEMAC laissent entrevoir un raffermissement de la croissance économique, à 4,4% et une amélioration des comptes publics et extérieurs. Toutefois, les tensions inflationnistes se situeraient encore au dessus de la norme communautaire de 3%.
Compte tenu de toutes ces analyses, et après un examen des différents facteurs influençant la stabilité monétaire et financière, le CPM a décidé de:
- Maintenir inchangés les conditions d’intervention de la BEAC appliquées aux banques;
- Maintenir inchangés les Taux d’intérêt sur Placements Publics;
- Maintenir inchangés les coefficients de réserves obligatoires et le taux de rémunération des réserves.
Source: Extrait du Communiqué de Presse publié le 19 mars 2010.
La FED baisse son taux d’escompte
22 février 2010
Vendredi 19/02/10, la Réserve Fédérale (Banque Centrale, FED) a baissé son taux d’escompte de 0,5% à 0,75%, soit 25 points de base.
Cette hausse augure un changement progressif de la politique monétaire accommodante de la FED. En effet, afin de lutter contre la récession économique née de la crise des sub-primes, la FED s’est engagée à baisser sensiblement son taux directeur. Le taux des Fed Funds est aujourd’hui entre 0 et 0,25%. Ce taux est encore inchangé.
Le taux d’escompte est le taux auquel les banques commerciales viennent emprunter les fonds d’urgence auprès de la FED. L’augmentation de ce taux est un signal qui indique aux banques qu’elles doivent plus recourir à ce genre de financement. L’augmentation de ce taux veut dire que la FED considère que ces établissements sont de plus en plus capables de trouver des financements ailleurs qu’à la Banque Centrale.
Les observateurs estiment que la FED a commencé à donner le ton vers le resserrement de la politique monétaire américaine. Le marché des changes a réagi par une hausse du dollar par rapport à l’euro. Ce taux s’est établi à 1€=1,3588$.
Entre temps, la BEC a laissé inchangé son taux directeur. La baisse de l’euro vis-à-vis du dollar est une bonne nouvelle pour les exportateurs européens. L’économie européenne a besoin de la demande extérieure (les exportations) pour donner un nouveau souffle à son économie, en proie à des menaces de défaut de dette souveraine de certains pays (Grèce, Portugal, Irlande et Espagne).
Notons que la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) suit avec intérêt la politique monétaire de la BCE. Car ayant une monnaie ancrée par une fixité du taux de change (1€=655,957 FCFA), sa politique monétaire est aliénée à celle de la Banque Centrale de la monnaie d’ancrage (la BCE). Le Comité de Politique Monétaire de la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale) se réunira en mars 2010. Rappelons que la BEAC est la Banque Centrale des États de la CEMAC.
Baisse du taux directeur de la BCE
8 mai 2009
Le 07/04/09, la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé de ramener son taux directeur à son plus bas niveau historique. Il est passé de 1,25% à 1%, soit une baisse de 25 points de base.
La BEAC baisse son taux directeur
25 mars 2009
Comme il fallait s’y attendre, le Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC a baissé son taux directeur de 25 points de base, le 23 mars 2009. Le Taux des appels d’offres positifs (TIAO) est passé de 4,75% à 4,50%. Cette baisse intervient après celle de la BCE il y a quelques semaines.
Le CPM a revu à la baisse les prévisions de croissance de la CEMAC qui se situeraient à 4,4%. Il constate la progression des tensions inflationnistes qui pointent à 6% en 2008, alors que le taux d’inflation était de 1,6% en 2007.
Nous osons espérer que ces mesures auront des effets à moyen terme, leur efficacité à court terme étant quasi-nul.
Baisse des taux directeurs à la BCE et à la BoE
11 mars 2009
La Banque Centrale Européenne (BCE) et la Bank of England (BoE) ont baissé, jeudi 05 mars 2009, leur principal taux directeur de 50 points de base chacune. Le taux directeur de BCE passe de 2% à 1,50%, son plus bas niveau depuis sa création il y a dix ans. Quant à la BoE, son taux directeur est passé de 1% à 0,5%. En outre, elle s’est dite prete à faire fonctionner la planche à billets à concurrence de 75 millions de livres sterling, par le rachat des titres du trésor britannique.
Ce mouvement vers la baisse des taux confirme la recession dans les économies occidentales. La politique monétaire est donc mise à contribution pour essayer de stopper la spirale recessionniste.
A la BEAC, les mouvements de taux de la BCE sont d’une importance particulière à double titre. Dans un premier temps, la BEAC doit toujours s’assurer qu’elle a un différentiel de taux favorable à sa zone, par rapport à la BCE. Donc, le taux directeur de la BEAC doit toujours rester plus elévé que celui de la BCE. En deuxième lieu, le changement de taux directeur de la BCE s’accompagne très souvent du mouvement du taux de prêt marginal au jour le jour, taux auquel le compte d’opérations est remunéré. Toute baisse de ce taux entraine une reduction des intérêts reçus de la BEAC sur ses avoirs extérieurs déposés dans son compte au Trésor français.
Par ailleurs, le Comité de Politique Monétaire de la BEAC devra se réunir pour juger de l’opportunité ou non de changer à son tour le taux directeur de la zone. Il est désormais établi que la sous région BEAC ne sera pas à l’abri de la crise mondiale actuelle. Les autorités monétaires devraient donc accompagnés les pouvoirs publics à amortir le choc extérieur.
Le 08 octobre 2008, les grandes banques centrales mondiales ont mené une action coordonnée de baisse de leurs taux directeurs de 50 points de base, c’est-à-dire 0,5%. Cette action visait à rassurer les marchés financiers que la crise est sous contrôle des pouvoirs publics. Ainsi, le taux directeur de la Réserve Fédérale (FED) est passé de 2% à 1,5% ; celui la banque centrale européenne (BCE) de 4,25% à 3,75% ; celui de la Banque d’Angleterre de 5% à 4,5%. La Banque du Japon a envoyé un message de soutien, mais n’a pas pu baisser sont taux directeur qui est déjà de 0,5%.
On a envie de dire que cette action arrive un peu tard. Quand la crise annonçait ses couleurs, la FED a pris les devants pour rendre le coût de l’argent moins cher en baissant son taux directeur de 325 points de base. Les banques centrales des autres pays, ne se sentant pas concernées par ce qui se passait aux Etats-Unis, n’ont pas jugé utiles d’anticiper. La BCE est même allé jusqu’à augmenter son taux directeur de 25 points de base (le 02 juillet 2008) pour, annonçait-elle, lutter contre l’inflation !
La crise des subprimes (prêts immobiliers à haut risque) est devenue une crise financière avant de transformer en crise économique. Comment cela est-il arrivé ? Quels sont les instruments dont disposent les banques centrales pour lutter contre une telle crise ?
1- De la crise des subprimes à la crise financière
Tout part de la volonté des ménages américains à faible revenu de disposer d’une maison. Ils n’ont pas de garanties suffisantes pour obtenir des prêts immobiliers. Certaines structures financières sentent que c’est un marché qui peut s’avérer juteux si elles font des montages qui puissent permettre à ces clients potentiels d’avoir des mensualités faibles (du moins au début du remboursement). Le taux directeur de la FED à cette époques est faible (il est de 1% dans les années 2001). Rappelons que le taux directeur est le taux auquel les banques peuvent se refinancer à la banque centrale. Si ce taux est faible, les banques proposent les crédits aux taux faibles également. Bien qu’elles ajoutent un montant qui leur permet de couvrir les charges et de faire un peu de profit (ce ne sont pas des organismes de charité !).
Les structures de financement des prêts immobiliers se sont mises à proposer des crédits à ces ménages à faible revenu et sans garantie solide. Ce qui ce ces structures n’ont pas dit clairement à ces clients, c’est que le taux d’intérêt sur les crédits était variable. C’est-à-dire que si la FED augmentait son taux directeur, cette hausse allait se répercuter sur les crédits. Donc, les tableaux d’amortissement allaient être constamment revus. C’est ce qui s’est passé finalement. De 1%, quand les premiers prêts étaient accordés, le taux directeur de la FED s’est retrouvé à 5,25%. Par ailleurs, une autre chose qui n’avait pas révélé aux clients étaient que les mensualités étaient volontairement faibles au début, mais allaient prendre l’ascenseur trois ans plus tard (les intérêts pouvant aller de 3% à 18% après 3 ans). Cela veut dire que même si la FED n’avait pas sensiblement augmenter ses taux directeurs, certains ménages allaient se retrouver défaillants. Les augmentations de la FED ont simplement amplifié (et mis au grand jour) un système qui était truqué dès le départ.
Mais pourquoi la crise des prêts hypothécaires devient donc une crise financière ? Je voudrai vous rappeler quelque chose de simple pour les banquiers. Lorsque vous vous endettez et que vous sollicitez une durée longue de remboursement, le banquier se frotte les mains, parce qu’en fin de compte, les intérêts de votre prêt seront plus élevés. Les ménages à faible revenu s’endettent généralement à des périodes de 20, 25 voire 30 ans. Les mensualités sont faibles (pour ne pas les étouffer). Mais le total des intérêts payés est différent. Si vous vous endettez pour 20 ans, les intérêts payés sont plus de 2 fois plus élevés que ci vous l’aviez fait sur 10 ans.
Face à ces prêts « juteux », les banquiers ont transformé ces créances en titres négociables sur les marchés. Les fonds d’investissement se sont rués sur ces créances à haut risque mais à fort rendement. Les fonds spéculatifs (hedge funds) ne sont pas restés en dehors de ces titres. Cependant, certaines structures ont acheté ces titres sans savoir qu’ils contenaient des créances à haut risque.
Finalement, la bulle éclate parce que le marché de l’immobilier s’essoufflait. Les prix des maisons baissaient. Les ménages défaillants ne plus vendre leurs maisons à un prix leur permettant de rembourser le crédit. Toutes les structures engagées dans le système se sont retrouvées avec des créances compromises.
Enfin de compte, aucune banque ne pouvait plus savoir si sa consoeur avait des prêts subprimes dans son portefeuille. C’était la crise de confiance. Les banques ne se prêtaient plus entre elles sur le marché inter-bancaire. Les taux d’intérêts se sont élevés sur ce marché. Puis que la banque prêteuse ne sait si celle qui emprunte aura les moyens de rembourser à échéance. Soit elle refuse de prêter, soit elle le fait à un taux plus élevé. C’est comme cela que la crise est devenue une véritable crise financière. Dans un tel contexte, la Banque Centrale est obligée d’intervenir pour fournir des liquidités aux banques qui en ont besoin.
2- Comment la crise financière devient elle une crise économique?
Le financement de l’économie s’effectue soit par les banques (intermédiation financière), soit par les marchés financiers (des-intermédiation financière).
Quand vous deposez votre argent en banque, il dort pas dans les coffres de la banque en totalité. La banque l’utilise, soit pour financer ceux qui sont dans le besoin (généralement les entreprises, mais aussi vous et moi pour acheter une maison, une voiture, etc.). Mais, ceux qui ont déposé leur argent vont de temps en temps le retirer pour faire face à des depenses quotidiennes (ou ils donnent des ordres à leurs banquiers de regler leurs dettes). La banque peut donc se retrouver à court de liquidité. Dans ce cas, elle va sur le marché des banques, celui où les banques se pretent entre elles pour trouver de l’argent (marche inter-bancaire). Quand la confiance regne, elle prête généralement à un taux inférieur à celui de la banque centrale. Mais si la méfiance s’installe, comme pendant cette crise, aucune banque ne fait confiance à l’autre. Le système se grippe, la banque centrale vient au secours. Mais entre temps, comme les banques éprouvent des difficultés à se refinancer, elles réduisent les crédits qu’elles accordent aux particuliers et aux banques.
Les entreprises n’arrivent plus à produire plus, parce qu’elles n’ont pas d’argent pour financer de nouveaux investissements. Elles n’embauchent plus. Les particuliers ne peuvent plus acheter biens de consommation (voitures, cuisinières, etc.). Les commerçants voient leur chiffre d’affaires baisser. Au final, la consommation et les investissements baissent, entraînant la croissance économique à la chute.
Dans les marchés financiers, la confiance ne règne pas non plus. Tout le monde veut revendre ses actions. Le prix baisse, entraînant la chute des indices boursiers. Dans ce climat, les ménages qui disposaient d’actions qui valaient un certain montant se retrouvent avec des actions qui ont perdu de la valeur. Ils avaient l’impression d’être riches, maintenant ils ont le sentiment qu’ils se sont appauvris. Ils baissent également leur consommation. Et aucun investisseur n’est plus encouragé à mettre son argent dans une affaire. C’est la crise économique !
- 3- Quels sont les moyens dont disposent les banques centrales pour y faire face?
Les banques centrales ont ce qu’on appelle dans le jargon économique les instruments de politique monétaire, qui sont principalement le taux directeur, les actions sur le marché monétaire (open market) et les réserves obligatoires.
Elles manipulent le taux directeur à la baisse pour rendre le coût de l’argent moins cher aux banques. Ces dernières devraient donc aller répercuter cette diminution sur les prêts à accorder à leurs clients. Par ce canal, la banque centrale espère contribuer à la relance des investissements des entreprises et à la consommation des ménages. Mais, les effets prennent souvent du temps. Aux Etats-Unis, on estime qu’il faut 6 mois pour qu’un mouvement du taux directeur de la FED ait des effets sur l’économie réelle. C’est aussi un signal donné aux agents économiques de reprendre confiance à l’avenir et d’investir. D’où l’action concertée des banques centrales mondiales du 08/10/08.
Par ailleurs, la banque centrale pallie à l’insuffisance de l’illiquidité dans le secteur inter-bancaire en rachetant les créances des banques contre les espèces au marché monétaire. Quand vous attendez que la FED ou la BCE a injecté une somme dans les marchés, c’est pour permettre aux banques (qui ne se font plus confiance) de venir auprès de la banque centrale se refinancer.
La banque centrale peut aussi baisser le coefficient de réserve obligatoire. C’est-à-dire la quantité d’argent que les banques secondaires doivent obligatoirement déposer à la banque centrale. Cette action permet aux banques de disposer de suffisamment d’argent pour prêter aux demandeurs de crédit.
Les banques centrales agissent sur les deux premiers instruments. Etant donné le retard dans l’effet concret des actions entreprises par les banques centrales dans l’économie réelle, c’est l’impact psychologique qui le plus rechercher. L’action coordonné des principales banques centrales donnera t-elle un signal fort aux acteurs économiques et financiers ? Rien n’est moins sûr. Le mal est déjà fait, il est peut être un tard.
Les mauvaises nouvelles ne font que s’accumuler. Après Fannie Mae et Freddie Mac qui ont failli s’effondrer, voici venu le temps de Lehman Brothers et de AIG. Entre temps, les bourses européennes et asiatiques retiennent leur souffle. Comme quoi, “quand les Etats-Unis éternuent, le monde entier attrape la grippe“.
La crise financière, qui est née aux Etats-Unis et est entrain de se propager en Europe et dans les pays asiatiques, a mis au devant de la scène les banques centrales des pays concernés.
Commençons par la Reserve Fédérale américaine (FED).
De janvier 2007 à septembre 2008, la FED a baissé 7 fois son taux directeur pour apporter son soutien à une économie américaine qui montrait des signes de faiblesse. Son taux est parti de 5,25% à 2%, soit 325 points de base de baisse(*). En coordination avec la banque centrale européenne (BCE), la FED a injecté des milliards de dollars en Août 2007, au début de la crise des subprimes, pour apporter des liquidités aux marchés monétaires. Elle s’est dit prête à injecter davantage, si le besoin se faisait sentir. Et le 16 septembre 2008, elle a de nouveau mis à la dispostion de AIG (American Insurance Group), une institution d’assurance qui était au bord du dépôt de bilan, 85 milliards de dollars. Entre temps, la FED a laissé couler Lehman Brothers, une banque d’affaires privé vieilles de près de 150 ans. Même le Trésor américain a refusé de mettre les fonds publics à la disposition d’une entreprise privée, comme il l’a fait une semaine plus tôt avec les deux plus grosses structures de prêts immobiliers (Fannae et Freddie, 100 milliards $ chacune). La banque centrale américaine a donné son aval pour les rachats de:
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Merrill Lynch par Bank of America
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Bear Stearns par JP Morgan Chase
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Washington Mutual par JP Morgan Chase
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Wachovia par (Citigroup?)
Elle a pesé de tout son poids pour l’adoption par le Congrès du plan Paulson, d’un montant de 700 milliards $. En outre, La FED a encouragé Goldman Sachs et Morgan Stanley (deux banques d’affaires dont le statut les excluait du financement au marché monétaire) de se transformer en holding pour obtenir des liquidités supplémentaires à la Banque Centrale américaine.
En agissant de la sorte, la FED a privilégié le soutien à la croissance par rapport à la lutte contre l’inflation. Car faut il le rappeler, les sommes injectées dans le système économique et financier ont un risque inflationniste élévé. Alors que les statistiques d’indice des prix américains laissaient dejà présagées le risque d’une augmentation de l’inflation.
En ce moment que faisait la BCE?
Le 20 mars 2008, le BCE a mis 15 milliards d’euros à la disposition du système bancaire européen. En Août 2008, elle a injecté 94,8 milliards d’euros dans le compartiment interbancaire, en coordination avec la FED. Elle s’est dite prète à inonder les marchés inter-bancaires et monétaires de liquidités si le besoin se faisait sentir.
Mais les dirigeants de cette institution sont restés insensibles au risque de recession que courent les économies européennes, en augmentant plutôt le taux directeur de 4% à 4,25% en debut juillet 2008(**). La BCE a (et continue) privilégié la lutte contre l’inflation (qui pointe à 4%, alors que la cible européenne est de 2%). Il est vrai que l’accuité de la crise est plus accentuée aux USA, mais les pays européens ne sont pas déconnectés du marché américain, au contraire! Mais pourquoi, des réactions un peu différentes des deux plus grandes banques centrales?
D’abord, la profondeur de la crise est différente des deux côtés de l’Atlantique. La crise immobilière est née (et est plus sévère) aux Etats-Unis qu’en Europe. Seuls quelques pays européens sont réelement touchés (Irlande, Espagne, et recemment en France…). Mais le commerce extérieur des pays européens a pris un coup par la baisse de la demande américaine et l’appréciation de l’euro (l’Allemagne est la plus concernée). Ensuite, les deux banques centrales n’ont pas la même expérience. La FED a 95 ans pour un seul pays, alors que la BCE n’a que 10 ans pour 15 pays. La coordination des politiques est plus complexe à la BCE qu’à la FED. En outre, les missions des deux banques centrales ne sont pas les mêmes. La FED a pour missions principales la lutte contre l’inflation, le soutien à la croissance et la contribution au plein emploi aux Etats-Unis. Pendant que la BCE n’a qu’une seule mission à savoir la lutte contre l’inflation. Enfin, les deux banques centrales n’ont pas les mêmes préoccupations de leur monnaie sur les marchés des changes. La FED peut mener une politique de “benign neglect” (négligence bénigne) ou comme l’exprimait un ancien sécretaire d’Etat américain au Trésor “le dollar est notre monnaie, mais votre problème“. En fait, les Etats-Unis achètent et vendent en dollars au reste du monde. Ils n’ont pas vraiment un problème de change. Ce qui n’est pas le cas des européens qui sont confrontés aux problèmes de valeur de leur monnaie sur les marchés de change. Leur commerce extérieur se fait principalement en dollars amériacains (même si le commerce intra-europe représente près de 60% du commerce extérieur des pays européens).
Et les autres banques centrales dans tout ceci? Prenons le cas de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC). Cette banque centrale gère une monnaie (Franc CFA) qui est arrimée à l’euro par une parité fixe (1€=655,957 F CFA). Sa politique monétaire est de ce fait alliénée à celle de la BCE. Toute action de politique monétaire de la BCE a un impact sur la politique monétaire de la BEAC. A titre d’exemple, courant 2008, la BCE a augmenté son taux directeur de 25 points de base. En juillet dernier, le comité de politique monétaire de la BEAC a décidé d’en faire autant. La situation économique réelle avait elle été prise en compte? S’il y avait un choix à faire entre le soutien de la croissance de la sous-région et la lutte contre l’inflation, qu’aurait fait le comité de politique monétaire?
Certes, la zone CEMAC court elle aussi un risque inflationniste. La question que l’on peut se poser est celle de savoir si une zone en proie au problème de (sous) développement peut se payer le luxe de privilégier la lutte contre l’inflation, au lieu de focaliser son attention sur la croissance.
En conclusion, le fait que les pays de la sous région en particulier et de l’Afrique en général soient quelque peu épargnés directement par la crise financière actuelle est le constat de leur déconnection et leur marginalisation des marchés financiers mondiaux. Leurs banques centrales suivent l’actualité financière avec intérêt certes, mais avec un léger détachement. Ces pays subissent les effets à travers les prix des produits alimentaires et de base, mais aussi et surtout les prix du baril de pétrole.
La FED est le maître du jeu, la BCE suit et les autres banques centrales s’adaptent, telle est la hiérarchie dans le monde économique et financier actuel.
(*) La FED a de nouveau baissé son taux directeur de 50 points de base. Il est de 1,50% depuis ce 10 octobre 2008.
(**) En concertation avec d’autres banques centrales mondiales (FED, Bank of Canada, Bank of England, Banque Nationale Suisse, Banque Centrale de Suède), la BCE a baissé (08/10/08) son taux directeur de 50 points de base, passant de 4,25% à 3,75% .