Aide à la Grèce : la bonne affaire des prêteurs
17 avril 2010
Alors que la Grèce a entamé jeudi le processus qui pourrait enclencher l’activation du mécanisme d’aide, L’Expansion.com a calculé combien la France, l’Allemagne mais aussi l’Espagne et le Portugal pourraient gagner grâce à leur solidarité…
A lire dans l’Expansion.com
Le suicide de la Grèce
30 mars 2010
La situation de la Grèce est intéressante pour les États Africains. Ces pays à qui on fait croire qu’ils sont entrés dans la société de consommation. Les dirigeants (et certains citoyens) se permettent tout, et ne se privent de rien. Un beau jour, le maître vient siffler la fin de la récréation. Et là, on vous présente la facture de toutes vos beuveries. Elle est salée. Il faut se serrer la ceinture pour faire face à ses engagements.
Menacée par les marchés qui sentaient qu’elle ne pouvait plus honorer ses créances, la Grèce a supplié ses homologues européens pour lui servir de garantie virtuelle. Le pays l’a obtenu. Comme le répétait le premier ministre grec, la Grèce n’a pas besoin d’aide financière de ses compères européens. Elle est repartie sur les marchés.
Lundi, 29 mars 2010, elle a levé € 5 milliards, avec les obligations d’une maturité de 7 ans. Certains observateurs ont applaudi, sur la bonne affaire grecque. Un instant… A quel taux ce pays s’est-il endetté? A 5,90%!, contre 2,65% pour les obligations allemandes de même maturité.
La Grèce a choisi le chemin du suicide. Voici un pays qui s’endette sur les marchés à des taux voisins de 6%, mais dont les prévisions de croissance tourne au tour de -2%, au meilleur des cas. Ce qui laisse un gap de 8% chaque année. Pour les € 5 milliards empruntés le 29 mars, la Grèce aura à combler un gap de € 400 millions l’année prochaine. elle sera obligée de repartir sur les marchés financiers pour trouver cet argent. Les financiers ont déjà fait leur calcul. Ils savent que la Grèce est entrée dans un cercle vicieux. Quand elle reviendra sur les marchés l’an prochain, elle devra payer une prime plus élevée.
Le simple bon sens voudrait que lorsque vous vous endettez pour un certain taux, vous prévoyez entreprendre une affaire qui va vous rapporter plus que ce vous avez emprunté. Lorsqu’on s’endette à 6%, on espère investir dans une affaire qui rapportera plus de 6%. Ainsi, quand un État s’endette, c’est en prévision que le taux de croissance de son économie sera supérieur au taux d’intérêt de la dette contractée. Le raisonnement peut se faire sur plusieurs années. Si le taux de croissance n’est pas élevée cette année, il le sera dans un an ou deux. Ce n’est pas le cas de la Grèce. Ce pays s’enlise…
C’est cruel et pathétique de laisser un pays s’enfoncer comme le fait la Grèce aujourd’hui. Dans une situation difficile, l’humilité devrait les guider d’aller demander de l’aide pour s’en sortir. Le discours selon lequel “nous n’avons pas besoin d’aide financière” est catastrophique pour la Grèce. Les Allemands font payer à la Grèce le prix de leur mauvaise gestion passée, et de leur orgueil présent. Et les banques se frottent les mains. Elles achètent la dette grecque à 6%. Au cas où elles ont les problèmes de liquidité, elles peuvent aller à la Banque Centrale Européenne emprunter à un taux de 1%! Elles grappillent au passage 5% de bénéfices sur le dos des citoyens grecs, qui ne méritent peut-être pas tant de souffrance.
La Grèce a deux solutions radicales pour sortir du cercle vicieux:
- Demander explicitement une aide financière, pour actionner l’aide européenne et celle du FMI;
- Sortir de l’euro, afin de dévaluer sa monnaie pour retrouver la compétitivité extérieure de son économie.
La deuxième solution est la plus radicale, et la plus réaliste. Aux grands maux, les grands remèdes. Le mal grec est si profond qu’elle n’a pas d’autres choix. Si elle n’avait pas faussé ses chiffres, la Grèce ne serait pas entrée dans la zone euro. Les dés ont été pipés, il faut recommencer. L’histoire a rattrapé le peuple grec.
Vous ne méritez pas d’être dans la zone euro, ayez le courage de sortir, afin de mieux vous préparer.
La Grèce est partie pour des taux de croissance négatifs pour deux ou trois ans encore. Au taux actuel d’endettement sur les marchés financiers, sa dette publique sera insoutenable. Et elle risque de s’enfoncer davantage, au grand bonheur des marchés financiers mais au grand malheur du peuple grec.
PS: Au lendemain (31/03/10) de ce billet, le Wall Street Journal a fait la même analyse que nous. A lire pour approfondir la réflexion.
Pourquoi la Grèce a-t-elle peur du FMI?
23 mars 2010
La vraie question est: pourquoi l’Europe a-t-elle honte d’aller au FMI?
Les Européens ont une démocratie qui fonctionne. Tout le monde a le droit de parler, sur tout et sur rien. Voici une situation urgente, et ils continuent de parler (parfois pour ne rien dire de concret).
D’ici mai 2010, la Grèce doit régler une dette d’environ € 22 milliards. Ce pays a déjà obtenu € 5 milliards sur les marchés financiers (à un taux de 6,35%). Il lui faut trouver dans l’urgence € 17 milliards. Comment faire? Tous les autres européens utilisant l’euro, y compris la Banque Centrale Européenne, s’accordent à dire que les pays voisins doivent prêter à la Grèce. L’Allemagne fait exception à la règle. Pourquoi cette prise de position?
Rappelons que l’Allemagne n’a accepté d’abandonner le Mark pour adopter l’euro qu’à la condition qu’elle n’aura jamais à venir au secours d’un pays indiscipliné qui rencontrerait des problèmes. La lutte contre l’inflation est gravée dans la constitution allemande, après le traumatisme de l’hyperinflation qu’ a connu ce pays dans les années 30. L’Allemagne a tiré les leçons du passé, où il était clairement établi que c’est le déficit budgétaire qui était à l’origine de cette hausse sauvage des prix. C’est pour contraindre les pays adoptant l’euro de se discipliner que la clause pour chaque pays d’avoir un déficit budgétaire inférieur à 3% du produit intérieur brut (PIB) a été introduite parmi les critères de Maastricht.
Pour l’année 2009, seule l’Allemagne a eu un déficit de 3,7% du PIB. Le pays le plus proche est la France avec un déficit d’environ 8% du PIB. Tous les autres pays utilisant l’euro ont des situations pires. D’où leur solidarité envers la Grèce. Et on comprend l’hostilité de l’Allemagne a mettre la main à la poche.
L’Allemagne, à travers sa voix la plus autorisée, a dit que la Grèce doit aller au FMI. C’est la première puissance d’Europe qui parle. C’est surprenant qu’on en soit encore à épiloguer là dessus. Si l’Allemagne a décidé que la Grèce ira au FMI, ce sera le cas. C’est aussi simple que cela.
Le pays le plus puissant d’Europe n’a pas honte de faire appel au FMI. C’est une solution viable à long terme pour la survie de l’euro. Car ce sera un message clair et sans équivoque à tous les autres pays qui s’amuseraient avec leurs finances publiques, dans l’espoir que l’Allemagne sera là pour les secourir en cas de problème. En économie, on dira que cela permet d’éviter l’« aléa moral ». Si vous voulez éviter l’humiliation, restez disciplinés!
Au fait que gagnerait la Grèce en allant au FMI? Un article du Wall Street Journal nous éclaire là dessus. Ainsi, la Grèce ne peut obtenir du FMI qu’un prêt de € 10 milliards à un taux de 2,70%. Si tel était le cas, les pays européens combleraient le gap des € 7 milliards restants. Le FMI ne prête pas sans conditions. Les conditionnalités imposées par le FMI sont déjà annoncées et mises en œuvre par le gouvernement grec lui-même. Les experts du FMI viendront s’assurer que ces mesures impopulaires sont bien mises en œuvre. Il est bon à savoir que les prêts du FMI sont prioritaires lors des remboursements.
Même si la Banque Centrale Allemande émet de sérieuses réserves sur la venue du FMI en Grèce. Elle estime que le FMI n’intervient dans un pays que si ce dernier connait des problèmes de balance de paiement. C’est vrai. Mais il faut aussi rappeler que le FMI doit veiller à la stabilité du système financier international. Ce qui se passe en Grèce (donc en Europe) peut causer des perturbations dans d’autres pays qui utilisent l’euro comme réserve internationale de change. Que les européens ne pensent pas qu’ils sont les seuls concernés par toutes les tumultes de leur endettement public.
L’euro est une monnaie internationale qui constitue déjà une alternative crédible au dollar américain. Ce qui se passe actuellement n’est pas pour rassurer ceux qui prenaient cette monnaie au sérieux. Les Européens devraient taire leurs divergences et leur égo, et prendre des décisions rapides sous la houlette de la première puissance qu’est l’Allemagne. Ce pays est le patron de l’Europe. Ce doit être connu et accepté de tous, pour le bien de l’Europe et de l’euro.
Les pays ayant commis des erreurs devraient humblement accepter de se faire aider par les experts ayant des compétences reconnues. Actuellement, c’est le FMI qui a les moyens financiers et humains pour aider la Grèce, avec l’appui des autres pays européens. Trêve de bavardage, place à l’action.
Dans l’avenir, ceux qui ont peur du FMI savent ce qu’il y a faire pour ne pas recourir à cette institution bourrée d’éconocrates dogmatiques. A bon entendeur…
L’endettement des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Spain) n’a pas encore trouvé de solution. Le plus endetté des 4, la Grèce, n’est pas au bout de ses peines.
Le premier ministre grec, Georges Papandreou, est soit naïf, soit malhonnête envers lui même et joue avec les nerfs de ses concitoyens. En fait, la Grèce doit payer en avril-mai près de € 22 milliards aux créanciers. Cet argent, les grecs ne l’ont pas encore. Ils sont partis sur les marchés financiers, il y a deux semaines, se ré-endetter pour € 5 milliards, à un taux usurier de 6,35% (contre 3,15% pour l’Allemagne). Il leur faut trouver rapidement les € 17 milliards restant. Ils ont trois solutions:
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- la meilleure, c’est se faire prêter cet argent par les autres pays européens, à des taux acceptables;
- la moins bonne, trouver une aide conjointe entre les pays européens et le FMI;
- la mauvaise, repartir sur les marchés financiers pour prêter à des taux qui vont les étrangler quand le temps viendra de payer. En fait, cette dernière solution est une fuite en avant.
Le premier ministre grec envisage une quatrième solution: prêter sur les marchés financiers, mais à un taux qui est proche de celui de l’Allemagne. C’est cette proposition qui est étonnante. Même par le bon sens, cela est incompréhensible pour une personnalité de son rang.
Pour caricaturer, imaginer que vous êtes dans un quartier. Votre voisin n’a pas un travail fixe. Il se débrouille avec les petits métiers. Mais il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Pour ne pas trop priver ses enfants, il essaie de leur donner ce que les autres enfants possèdent. Comme il n’a pas beaucoup de moyens, il s’endette auprès d’autres voisins. Voilà que le moment de rembourser ses dettes arrivent. Il constate qu’il n’aura pas assez d’argent pour rembourser. Il doit donc se ré-endetter auprès d’autres voisins pour payer les dettes déjà contractées. Les potentiels prêteurs lui disent qu’ils sont disposés à lui prêter de l’argent. Mais étant donné qu’ils ne sont pas sûrs qu’il va vraiment rembourser, ils vont prêter avec un taux d’intérêt plus élevé. Le voisin demandeur de dettes s’insurge contre cette pratique, et demande qu’on lui prête au même taux que les autres voisins qui ont un travail structuré et connu de tous, donc n’ont pas de doute quant à leur capacité de rembourser.
Le premier ministre grec dit vouloir prêter au même taux que l’Allemagne! C’est quand même culotté comme demande! Est ce la naïveté ou la malhonnêteté?
Finalement, cette position rend l’aide ambiguë. « Je n’ai pas besoin d’aide financière. Promettez de me secourir pour que les marchés soient rassurés et me laisse emprunter au même taux que l’Allemagne. », dit le premier ministre grec. Il est pris au mot par l’Allemagne.
La chancelière a déclaré dans The Wall Street Journal, qu’étant donné que les grecs n’ont pas fait une demande explicite d’aide, il est hors de question que le problème soit posé.
Cette position allemande est en fait une langue de bois. Les Allemands sont fermement opposés à toute aide. Ils l’ont fait savoir dans un sondage publié dans The Financial Times.
Les Allemands envisagent la possibilité qu’un pays puisse abandonner l’usage de l’euro, soit parce qu’on est cancre (les PIGS), soit parce qu’on est trop brillant pour faire chemin avec les nuls. Ce dernier cas est celui de l’Allemagne qui s’estime perdante dans ce club de bon à rien.
Mais il est aussi reproché à ce pays d’être trop compétitif. Ce qui fait qu’elle vend énormément à ses voisins, sans que ces derniers puissent être capables d’exporter en Allemagne. Ce pays doit changer pour son intérêt et celui de ses voisins, selon The Economist.
C’est curieux comme reproche. Dans une salle de classe, vous êtes premier dans toutes les matières, et vous avez 18 sur 20 de moyenne. Le deuxième de la classe a 12 de moyenne. On vous fait le reproche d’être trop fort. Et de faire un effort de ramener vos notes à 14 ou 15 sur 20! Voilà le reproche fait à l’Allemagne. Le ministre français des finances a eu le courage de le dire tout haut la semaine dernière.
Allez y comprendre quelque chose. Les européens (donneurs de leçons) n’ont pas fini de nous étonner.
Dans une interview parue dans le Wall Street Journal le 13 mars 2010 ( à lire ici, en anglais ) , le ministre français de l’économie, Christine Lagarde, a fait savoir que la Grèce n’avait plus besoin de plan de sauvetage. Les mesures prises par ce pays pour réduire son déficit étaient suffisantes pour calmer les marchés. Elle a cependant indiqué que les structures techniques travaillaient sur les détails d’un sauvetage si jamais la Grèce n’arrivait pas à honorer ses engagements en avril-mai.
Mme Lagarde a estimé que l’Europe n’avait pas besoin de FMI en son sein, parce que les pays ayant en commun l’euro formaient une union monétaire. “C’est comme si l’Etat de Californie avait un problème et on demande au FMI de venir intervenir”. Par respect pour ce ministre, nous n’osons pas rigoler pour cet exemple (qui frise la mauvaise foi).
L’Europe est une union monétaire certes, mais pas un pays. Alors que les Etats -Unis sont un pays avec un seul président. Ce ministre a oublié qu’elle préside chaque année la réunion des ministres des finances de la Zone Franc. C’est à croire que cette zone n’est pas une union monétaire. Celle dont les pays ont subi (et continuent de subir) les remèdes de cheval du FMI depuis plus de 20 ans maintenant, avec l’assentiment de la France.
L’humiliation de la présence du FMI en Europe dans un pays utilisant l’euro est la principale justification du refus des Européens. L’autre (mineur) tient aux raisons de politique interne française. Selon le Financial Times, un prétendant sérieux au poste de président français dirige le FMI. La présence de cette institution en Grèce pourrait faire une grosse publicité pour un rival.
D’où l’évocation de la création d’un Fond monétaire européen, dont les contours et le rôle sont restés flous. Les avis sont d’ailleurs très partagés sur l’opportunité d’une telle institution.
La vérité sur la Grèce sortira d’ici mai quand le bavardage aura pris fin, et qu’il faudra que ce pays mette la main à la poche pour payer ses créanciers. Si la Grèce continue d’emprunter au taux (quasi-usurier) de 6,35% (contre 3,15% pour l’Allemagne) pour les obligations de même maturité, il n’est pas sorti de l’auberge.
Entre temps, l’euro a perdu un peu de sa valeur avec le dollar, améliorant la compétitivité des pays européens, et dans une certaine mesure les pays (oubliés) de la Zone Franc.
La Grèce ira au FMI
4 mars 2010
Chacun devra apprendre à assumer ses erreurs. La fête était belle, mais les lendemains sont amers. Les Grecs avaient cru que le cadeau d’être utilisateur de la monnaie unique, l’euro, leur donnait droit à tout, sans contrepartie. Erreur !
Voilà plusieurs semaines que les Européens tergiversent pour sauver la Grèce de la faillite. Ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Les Européens (Allemands et Français) ne veulent pas aider la Grèce, en même temps ne souhaitent pas qu’un pays européen aille « cap in hand » (le chapeau en main) au Fond Monétaire International (FMI) pour chercher l’aide dont ce pays a besoin. Ils considèrent cela comme une humiliation. Le FMI, c’est pour les pays pauvres d’Afrique et les pays en développement.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les Grecs devront s’attendre à subir ce que les pays africains ont subi pendant plus de 20 ans ; et ce que les pays d’Asie du Sud-Est ont connu lors de la crise financière de 1997. La recette est connue, carrée, amère : coupures budgétaires sauvages pour diminuer les dépenses, augmentation vertigineuse des taxes diverses pour accroître les recettes. Le résultat est cinglant, des années de stagnation économique, et l’assurance que la dette multilatérale sera payée en priorité.
En rappel, la Grèce fait face à une dette de près de € 55 milliards cette année 2010. En fin avril, début mai, le pays doit rembourser une dette de près de € 22 milliards. Si elle n’obtient pas cet argent des pays européens ou du FMI, les débiteurs n’auront que leurs yeux pour pleurer. Ces débiteurs sont en majorité les banques françaises et allemandes. La Commission européenne a demandé à la Grèce de prendre des mesures d’austérité pour réduire son déficit de 4% cette année. Ce déficit devrait partir de 12,7% à 8,7% en 2011.
Le nouveau gouvernement grec, qui hérite de cette situation catastrophique de l’ancien pouvoir conservateur, a décidé de réduire les dépenses en prenant des mesures impopulaires telles que le gel des retraites et la réduction des salaires et autres avantages des fonctionnaires. Du côté des recettes, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et d’autres taxes ont augmenté pour les produits comme le carburant, l’alcool et la cigarette.
Toutes ces mesures visent à montrer la bonne foi du gouvernement pour maîtriser le déficit public, qui devrait être en deçà de 3% du PIB selon un des critères de Maastricht. Mais les tergiversations de l’Allemagne commencent à bien faire. L’opinion publique allemande n’est pas en faveur d’une aide de leur gouvernement aux fêtards grecs. Les allemands considèrent que la Grèce a bénéficié de beaucoup d’aide financière de l’Union Européenne. Une bonne partie de celle-ci a été détournée. Ce pays, comme d’autres d’Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie) devrait apprendre à se serrer la ceinture, à travailler davantage.
A l’approche des échéances fatidiques (avril-mai), le gouvernement grec est en train de faire un tour des capitales allemande, française et américaine, avant d’aller supplier le FMI de venir l’aider à redresser ses finances publiques et rembourses ses dettes.
Reste à attendre pour voir les développements de cette saga grecque. L’arrivée du FMI à Athènes sera une première en Europe de l’Ouest dans ce 21ème siècle. Nous livrerons notre analyse dans ses colonnes.
Ce qui est en train de se passer en Europe interpelle les pays africains qui se sont embarqués dans l’aventure de la fixité du taux de change entre l’euro et le Franc CFA. L’euro est une monnaie forte. Mécaniquement, cela rend le F CFA une monnaie aussi forte. Le problème actuel en Grèce (plus tard en Espagne, au Portugal et en Irlande) est de savoir les mécanismes d’absorption d’un choc exogène dans un contexte fixité de taux de change et d’une monnaie « surévaluée ».
Théoriquement, quand un pays subi un choc exogène, la monnaie se déprécie sur les marchés, ce qui permet aux importations de diminuer (elles deviennent plus chères), et les exportations peuvent s’accroitre, du fait de gain de compétitivité prix des produits nationaux. Dans le cas d’une fixité du taux de change, les mesures fiscales doivent être prises pour endiguer la crise: baisse des dépenses publiques, couplée d’une recherche active de l’augmentation des recettes de l’État. Car en fait, s’il y a crise, c’est que l’État vit au dessus de ses moyens.
La Grèce est face à cette situation aujourd’hui, comme l’ont été il y a plus de 20 ans les pays africains. Ce pays souffre des mêmes maux que les pays africains:
-
- non fiabilité des données économiques et financières;
- corruption dans le secteur public;
- évasion fiscale;
- fort endettement extérieur.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les Grecs sont en crise d’endettement. Le pays connait des déficits publics avoisinant les 13% du PIB. La dette publique atteindra les 120% du PIB. Quelle solution pour sortir de ce cercle infernal de la dette? Solution théorique: baisser les dépenses et augmenter les recettes. Mais comment une solution simple et connu de tous peut-il être si compliqué à mettre en ouvre? C’est parce qu’en fait, la réalité est bien plus compliqué.
Diminuer les dépenses: c’est arrêter de recruter à la fonction publique, c’est couper dans les dépenses de santé, d’éducation, etc. C’est privatiser les entreprises publiques dévoreuses de subventions publiques…Bref, c’est le chemin idéal pour la dépression économique pour plusieurs années.
Augmenter les recettes publiques: c’est augmenter les taxes, accroître la base fiscale, diminuer l’évasion fiscale, sécuriser les recettes publiques. Tout ceci se fera aux dépens de l’activité économique, surtout sur l’augmentation des taxes qui déprimera l’activité économique, pour les entreprises qui peinent déjà à vendre dans un contexte de morosité économique.
C’est ce que refuse d’assumer le gouvernement grec actuel. C’est ce que ne veut pas (et ne peut pas) faire l’Union Européenne. C’est pour cela que la Grèce ira au FMI.
Quelques leçons pour la Zone Franc
- La fixité du taux de change n’est pas une panacée. Avoir un taux de change fixe ne devrait pas être une occasion de dormir sur ses lauriers et de dépenser sans compter. La qualité de la dépense publique à l’intérieur et encore plus à l’extérieur devrait être une obsession pour les pays de la Zone Franc. Les dépenses de luxe devraient être complètement évitées.
- La fixité du taux de change sur une monnaie forte a des avantages et des inconvénients. Mais dans des économies peu diversifiées comme celles de la Zone Franc, il y a plus d’inconvénients que d’avantages. Les chocs exogènes sont très difficiles à résorber. Or ces pays sont constamment exposés à ces chocs. Leurs économies sont basées essentiellement sur les exportations des matières premières dont la production est à la merci des aléas climatiques, et dont les débouchés se trouvent à l’extérieur où elles ne sont pas maitresses des prix.
- Les critères de convergence devraient être revus. En supposant que le déficit public de 3% est optimal en Europe (continent développé), ce taux ne peut pas s’appliquer aux pays africains (sous développés). Il devrait être au minimum de 6% du PIB. L’obsession d’un taux d’inflation de 3% devrait être abandonnée. Actuellement, le FMI a lancé l’idée d’une cible d’inflation à 4% au lieu des 2% que poursuivent les Banques Centrales. Si déjà dans les pays développés, on est près à lâcher du lest en matière d’inflation, les Africains devraient le laisser dans les 6 ou 7%.
- Il est temps que la Zone Franc, soit laisse flotter sa monnaie par rapport à l’euro, soit opte pour un régime de change glissant de sa monnaie par rapport à un panier de monnaie constitué essentiellement de l’euro (monnaie de facturation de ses importations) et le dollar (monnaie de facturation des exportations).
- Les Africains de la Zone Franc devraient être conscients qu’ils n’ont pas d’avenir économique en l’état actuel des choses. Tout est à refaire. Et ils n’ont même pas encore commencé à faire ce qu’il y a à entreprendre!
Pays en crise de l’endettement: rôle du FMI
12 février 2010
« Nous ne pouvons pas faire appel au FMI pour aider la Grèce. Ce sera une grande humiliation pour l’Europe ». On croit rêver quand on entend ce discours des responsables européens sur la crise de la dette que traverse la Grèce actuellement. Quelques questions fusent à l’esprit: Le FMI est donc une institution au service des pays sous-développés? Son intervention est synonyme d’humiliation et d’assimilation?
Quand les pays en développement (principalement les pays africains) font face aux difficultés économiques et financières, il est naturel de les envoyer regarder du coté du FMI. Que fait donc le FMI? Pourquoi les pays ont-ils recours à ce redoutable médecin?
Le Fond Monétaire International (FMI) est une des institutions de Bretton Woods née au lendemain de la 2nde guerre mondiale. Son rôle était la surveillance et la stabilité du système financier international. Au fil des années, d’autres missions ont été ajoutées, en fonction des situations. Le FMI a trois principales missions: la surveillance du système monétaire international; les prêts aux pays en difficultés; l’assistance technique aux États (surtout économiquement faibles).
Les pays africains au sud du Sahara ont été mis sous tutelle du FMI lorsque ces derniers se sont retrouvés face aux difficultés de balance des paiements à la fin des années 80. Pays principalement exportateurs de matières premières, la chute des cours de ces dernières a asséché les finances des pays en question. Les engagements pris ne pouvant plus être tenus, ils n’ont pas eu d’autres choix que de faire recours au FMI. L’assistance du FMI et ses prêts se font toujours dans la douleur. Généralement, les mesures à prendre sont essentiellement la réduction des dépenses publiques, assorties des ajustements structurels qui sont le domaine de prédilection de la Banque Mondiale.
La situation actuelle de la Grèce est quasi-semblable aux problèmes des pays qui sont dans l’incapacité de respecter leurs engagements vis-à-vis des créanciers extérieurs. Faire appel au FMI a toujours été une décision difficile, surtout pour un pays dit développé. Mais face aux problèmes, et en présence des pays qui trainent les pieds pour dire clairement si oui ou non ils vont mettre la main à la poche si la Grèce était incapable d’honorer ses engagements d’ici le mois de mai (au cours duquel la moitié de ses € 55 milliards de dette tombent à échéance), l’aide du FMI semble être une évidence. Le contribuable allemand a de la peine à accepter de payer pour les dépensiers pays latins. Les marchés financiers les ont d’ailleurs surnommés (péjorativement) « PIGS » (les porcs, en anglais): Portugal, Irlande, Grèce, Spain (Espagne).
La réalité est pourtant là. L’Europe doit aider la Grèce ou laisser le FMI venir le faire à sa place. Quoi qu’il en soit, le recours au FMI paraît inéluctable, surtout en termes d’assistance technique. Car même si les Européens apportent leur assistance financière, ils n’ont pas l’expertise technique pour contraindre un pays assisté de mettre en œuvre des mesures douloureuses et impopulaires de réduction des dépenses publiques.
L’assistance technique du FMI consiste à une contribution d’élaboration de bonnes politiques macro-économiques, à la construction de solides capacités institutionnelles, et le renforcement des missions essentielles du FMI dans le pays en question. En bref, le principe de base est que si le pays se retrouve en difficultés, il vit au dessus de ses moyens. Le pays dépense plus qu’il n’a de revenus. Le pays doit diminuer ses dépenses et en même temps, prendre des mesures pour augmenter ses recettes.
Quand on est donneur de leçons (pays développés), il faudrait s’assurer un comportement irréprochable. Dans le cas contraire, ce sera l’arroseur qui sera arrosé. La Grèce devra se préparer à des remèdes de cheval du Dr FMI. Les Grecs n’ont qu’à bien se tenir. Après la fête, il faut maintenant se serrer la ceinture.
Les pays africains ont passé plus de 20 ans d’ajustement, sous tutelle du FMI. Combien de temps faudra t-il à la Grèce pour se tirer d’affaire? La crédibilité et l’avenir de l’euro en dépendent. Et la Zone Franc devrait suivre ces évolutions de près, car utilisant une monnaie (Franc CFA) qui a une parité fixe avec l’euro (1€ = 655,957 F CFA).
Et si la Grèce faisait faillite?
9 février 2010
Ce n’est plus un secret pour personne: la Grèce connaît de graves difficultés financières. Elle tend vers l’incapacité d’honorer ses engagements. Selon The Financial Times du 08/02/10, les engagements de ce pays pour l’année 2010 s’élève à € 55 milliards (F CFA 36 000 milliards). Plus de la moitié de ce montant est exigible avant le mois de mai 2010, auquel il faut ajouter près de € 17 milliards d’intérêts sur sa dette à long terme.
Il est reproché à la Grèce d’avoir constamment manipulé les chiffres de sa dette, d’avoir un secteur public corrompu, d’avoir des contribuables qui ont trouvé les moyens de contourner le paiement des impôts, et surtout d’avoir une forte majorité de créanciers extérieurs. Tous les ingrédients sont réunis pour que la Grèce ne puisse pas honorer ses engagements à temps. Alors qu’adviendra t-il si la Grèce faisait réellement défaut (si elle tombait en faillite)?
- La Grèce peut être secourue par les pays partageant l’euro, au premier rang desquels la France et l’Allemagne;
- Elle peut être mise sous tutelle financière du FMI;
- Elle peut faire appel à la Chine, moyennant la prise de participation chinoise dans certaines banques stratégiques;
- La Grèce peut obtenir de ses créanciers un report des échéances: possibilité la plus catastrophique.
Toutes ces possibilités ne sont pas de bonne augure, ni pour la Grèce, ni pour les européens, ni pour la crédibilité de la monnaie unique européenne.
Une chose est certaine, l’euro va perdre de la valeur face au dollar américain. Notons que le 08/02/10, les traders ont misé pour $ 8 milliards contre l’euro.
Une bonne nouvelle (à priori) pour les pays de la Zone Franc: une baisse de la valeur de l’euro par rapport au dollar est une bonne nouvelle pour le F CFA, dont la parité est de 1€ pour 655,957 F CFA.