The Economist avait déjà donné le ton dans son édition du 23 janvier 2010: « Stop! The backlash against big government » (Arrêtez! Le contre-coup du trop d’État). L’hebdomadaire britannique expliquait que si l’intervention de l’Etat avait été une bonne chose pour empêcher la plus grande dépression après celle de 1930, il était temps de commencer à se retirer de l’économie pour laisser la place aux privés.

Le jeudi 18/02/10 et le vendredi 19/02/10 ont connu deux interventions pour le moins insolite dans l’actualité britannique.

En effet, le 18 février, 14 économistes ont écrit au Sunday Times (cité dans the Financial Times, ft.com) que le temps était venu pour le gouvernement de commencer les coupes budgétaires cette année 2010. Car, argumentaient-ils, si les marchés financiers ne constatent pas que l’État britannique s’occupe sérieusement du déficit budgétaire, ils demanderont une prime plus élevée sur la dette du pays. En plus, les agences de notation pourraient baisser la note du pays.

Le vendredi 19/02, pas moins de 60 économistes (tous professeurs d’Économie dans de prestigieuses universités, y compris les prix Nobel) écrivent au Financial Times (ft.com) pour s’insurger contre cette proposition des 14 économistes ayant écrit le jeudi. Ils disent que la reprise de l’économie britannique est encore fragile. Commencer à s’occuper du déficit cette année étoufferait dans l’œuf cette reprise et la récession reprendrait de plus belle. Que choisir: le déficit ou la récession? Le déficit, répondent en cœur les éminences grises.

Ce débat britannique est en fait un débat mondial entre économistes de tout bord. Lors de la crise financière, les économistes se sont accordés (l’une des rares qu’ils sont d’accord) pour l’intervention de l’État dans l’économie. Deuxième point d’accord: les déficits publics doivent être réduits afin d’éviter les crises des dettes souveraines. Mais là où les désaccords sont profonds s’est sur le timing du retrait. Les libéraux veulent un début de retrait cette année. Alors que les néo-keynésiens demandent la consolidation de la reprise avant le retrait qui pourrait attendre l’année prochaine. Qui a raison? Les néo-keynésiens!!!

La réaction des marchés est plus psychologique que réelle. L’État britannique comme les États-Unis d’Amérique (USA) sont des économies diversifiées ayant à leur disposition tous les outils de politique économique pour combattre la récession. Ils peuvent rassurer les marchés financiers au cas où. Ils peuvent manipuler les taux d’intérêt ou agir indirectement sur les marchés de change pour faire baisser la valeur de leur monnaie. Ce qui est tout le contraire des pays européens englués dans les déficits abyssaux, sans arme monétaire. Ce sont la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne, qui sont menacés de défaut sur leur dette souveraine, sans possibilité d’imprimer de la monnaie ou de dévaluer, car utilisant l’euro. Mais ces pays sont suffisamment outillés pour être capables de faire face aux tempêtes des marchés.

La soutenabilité des déficits des pays européens se posent plus à moyen et long terme qu’à court terme. L’impératif actuel devrait être la consolidation de la reprise économique. La santé des économies développées est essentielle à l’état de l’économie mondiale. Les pays de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) sont concernés par ce qui se passe ailleurs.

Ces pays sont restés calés sur les dogmes du déficit minimum. Pourtant, les besoins sont énormes dans ces pays où les infrastructures de base font encore défaut. La question est de savoir si ces pays doivent se complaire dans les indicateurs macro-économiques sains (inflation et déficit maitrisés, entre autre), sans développement économique. Ou alors ils doivent prendre le risque de lancer des travaux publics pour se doter des infrastructures moteurs de développement, en laissant se détériorer les indicateurs économiques pendant des années, mais au moins jeter les bases du décollage économique.

Ces décisions font intervenir les questions monétaires qui sont contraintes par la fixité de la parité du taux de change avec l’euro. Si cette situation ne permet pas de prendre des décisions de politique économique bénéfique au développement, les conséquences devraient être tirées, et les bonnes décisions prises pour un début de développement économique de ces pays. Car l’impression qui se dégage est que ces pays font du sur place.

Alors si stabilité monétaire équivaut à stagnation économique, est ce la peine de continuer dans cette lancée? Nous pensons qu’il faut changer de cap, au plus vite!

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