Sommet de l’Europe: Union européenne divisée, mais l’euro sauvé?
9 décembre 2011
Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement a donc pris fin ce jour. Résultat: l’euro semble avoir été sauvé, mais au sacrifice de l’Union européenne.
En fait, la Grande Bretagne est sur le point de quitter l’Union Européenne, faute d’accord avec la France et l’Allemagne.
* Point de divergence: le contrôle par Bruxelles des budgets nationaux. La modification du traité prévoit une inscription dans toutes les constitutions nationales de la règle d’or du respect de l’équilibre budgétaire. Ce point a été imposé par l’Allemagne, avec l’assentiment de la France. La Grande Bretagne ne l’entend pas de cette oreille. C’est la cassure.
* Point d’accord: Le FMI sera doté d’une cagnotte de près de 200 milliards d’Euro pour intervenir dans les difficultés des pays européens. En outre, le BCE s’est dite prête à jouer un rôle majeur dans l’achat des obligations émises par les Etats utilisant l’Euro qui éprouveraient des difficultés de se refinancer sur les marchés. Ce sera ni plus ni moins la plache à billets grandeur nature.
Les jours à venir diront si les marchés ont bien accueillis ses mesures, et s’ils les jugent suffisantes. Mais une chose est sûre, étant donné que l’Allemagne a obtenu ce qu’elle voulait, les jours de l’Euro ne sont plus comptés.
Espérons que cet optimisme sera confirmé dans les jours et semaines à venir.
Pour aller plus loin:
Peut-on sauver la Zone Euro?
8 décembre 2011
Ces derniers mois, l’actualité sur les problèmes de dette souveraine a été très riche. Les pays européens se battent depuis le début de l’année pour se tirer d’une crise de l’endettement qui menace toute la Zone Euro.
Je vous ferai un bref historique de la crise de la dette dans un autre billet plus fouillé. Mais retenez que les pays qui ont été durement frappé sont la Grèce et l’Irlande. Ces deux pays ont déjà reçu l’aide du trio composé de la BCE, de l’UE et du FMI. L’Irlande semble être entrain de se relever petit à petit, surtout après que le Ministère de Finances ait découvert une erreur dans les statistiques de la dette qui ont réduit de près de 3% le pourcentage de la dette totale sur le PIB.
Quant à la Grèce, c’est une autre histoire. Le pays s’enfonce de jour en jour. Pour recevoir une autre tranche de l’aide extérieure, les créanciers ont dû accepter une décote de 50% de leurs créances vis-à-vis de la Grèce. Les nouvelles mesures d’austérité prévues ont été adoptées in extremis par le parlement, mais ne sont pas encore entrées en œuvre. Entre temps, le pays a changé de Premier Ministre. Le tort de ce dernier est d’avoir osé vouloir demander au peuple grec s’il était prêt à supporter d’autres mesures, dans le seul but de continuer à utiliser l’euro. Bref, la sortie de la Grèce de la Zone Euro est toujours repoussé à plus tard par les Français et les Allemands. Mais c’est un secret de polichinelle que ce pays n’honorera pas ses engagements.
Entre temps, l’Espagne, le Portugal et surtout l’Italie sont dans une mauvaise passe. L’Italie s’apprête d’ailleurs à recourir au FMI, après avoir changé de Premier Ministre.
Demain, se tient le sommet de la dernière chance pour sauver l’unité de la Zone Euro. Mais dejà, l’optimisme n’est pas de mise. Un rapport du President de la Commission Européenne a fuité en laissant penser que le Traité Européen n’a pas besoin de grands changement. Ce qui a mis l’Allemagne en colère, elle qui veut une modification en profondeur du Traité. Autre aspect, le Président de la BCE a fait comprendre qu’elle n’était pas prête ni à faire intervenir massivement le FMI sur le marché de la liquidité, ni à intervenir elle même dans l’achat grandeur nature des dettes souveraines des Etats utilisant l’Euro. Sont ce là des signes qui ne prêtent pas à l’optimisme.
Attendons demain vendredi 09 décembre pour voir ce qui sortira de ce sommet des Chefs d’Etats et de Gouvernement Européens.
Quoi qu’il en soit la crise n’est pas terminé, elle ne fait que commencer. L’agence de notation Standard & Poor’s a déjà menacé tous les pays ayant encore la note AAA, qu’elle les place dans une perspective négative, c’est-à-dire qu’il y a 50% de chance que leur note soit baissé d’un cran dans les trois mois qui viennent si aucune solution de long terme n’est trouvée entre temps.
Just wait and see…
C’est vendredi 05 août 2011 que la bombe a été lâchée par S&P: elle a annoncé la baisse de la note de la dette souveraine américaine de la très convoitée AAA à AA+. Comme si cela ne suffisait pas, l’agence de notation a indiquée qu’elle mettait la dette américaine dans une perspective négative.
C’est une nouvelle à couper le souffle. Comment la première puissance économique et militaire du monde peut voir sa signature dégradée par une agence de notation privée? Du coup, les critiques ont fusé, en commençant par le Trésor américain, qui a mis en doute les chiffres sur lesquels S&P s’est basé: une erreur d’environ 2.000 milliards de dollars US. Erreur reconnue par S&P qui a tout de suite indiquée que son évaluation tenait plus compte du risque politique que sur les fondamentaux économiques. Encore que…
Tous les pays en dévellopés ont annoncé leur soutien à Washington, à l’exception notable de la Chine qui en a profité pour égratigner Uncle Sam en lui demandant de ne pas vivre au dessus de ses moyens. Réaction tout aussi plus politique qu’économique.
1- Quelques rappels
Les Etats Unis font face à ce qu’on appelle en économie les déficits jumeaux: déficit de la balance commerciale et déficit budgétaire.
Le déficit de la balance commerciale n’inquiète pas les USA, car étant émettrice de la monnaie de transactions internationales et réserve de valeur pour la majorité des pays du monde, il n’y a pas de risque de crise de la balance des paiements. Simplement dit, les USA n’auront jamais un problème de devises étrangères pour payer à l’étranger. Donc le problème de déficit commercial a simplement un impact sur l’économie réelle. Achetant plus les biens produits à l’étranger (majoritairement en Chine), le pays n’arrive pas à vendre davantage les biens produits sur son sol à l’étranger. Les emplois se raréfient, le chômage grimpe et la consommation baisse, plombant la croissance.
Pour soutenir certains secteurs de l’économie tout en même temps finançant certains programmes sociaux, l’Etat est obligé d’intervenir financièrement, creusant du même coup le déficit budgétaire. Jsuqu’alors, l’Etat émettait des obligations qui étaient acheté par les étrangers (les Chinois surtout) et les intérêts servis sur cette dette était moins chère. Les USA étant crédibles, on ne doute pas qu’ils puissent rembourser un jour. D’où la notation de AAA sur la signature de l’Etat américain. Jusqu’au 05/08/11.
2- Qu’est ce qui est l’element déclencheur
C’est l’election de Brack Obama à la Maison Blanche qui est, à notre avis, à l’origine de cette perte de confiance en la capacité des USA à honorer leurs engagements. L’atitude du Congrès pour le relèvement du plafond de la dette est le reflet flagrant du mépris des Républicains pour celui qu’ils qualifient de Noir!
La montée en puissance des Tea Party est la conséquence de ce sentiment latent chez les adultes américains.
Car comment comprendre que cela Clinton a fait sans problème, et que Bush a réalisé sans souci fassent autant de bruit? Le relèvement du plafond de la dette s’est toujours effectué sans anicroche. Cela n’a pas été le cas cette fois: voilà le résultat!
S&P a indiqué que bien que la dette à long terme des USA était dans une trajectoire inquiétante, ce n’est pas cela qui le véritable problème. Car selon cette agence, si le relèvement du plafond commence à poser problème aujourd’hui, il pourra bien arrivé un jour où les deux parties politiques (Démocrates et Républicains) ne font pas s’entendre et ce sera le défaut de paiement. C’est ce qui a risqué se passé si les deux parties ne s’entendaient avant le 02 août 2011.
3- Quelques conséquences
La première conséquence est que les USA doivent descendre de leur piédestal. Ils doivent faire face aux vrais problèmes de leur économie, qui est en perte de vitesse.
La deuxième conséquence est que le monde est entrain de se rendre compte qu’elle est hyperdépendante des USA. A l’heure actuelle, il n’y a aucune alternative crédible au dollar américain, encore mois aux Bons du Trésor Américains.
La troisième conséquence est la prise de conscience des Européens sur le rôle qu’ils ont à jouer sur l’échiquier économique mondial. Que l’Allamagne mette un peu de côté ses leçons de moral pour aider les pays européens en difficultés. Ce n’est pas le moment de donner les leçons de rigueur budgétaire aux pays laxistes (PIIGS). L’euro devrait être une alternative, mais ce n’est pas encore le cas.
4- Quelques leçons
Le dollar américain a encore de beaux jours devant lui. Une monnaie internationale ne se décrète pas. Ce sont les réalités économiques qui priment. Le dollar US représente environ les 2/3 des réserves mondiales. Il represente la même proportion comme monnaie de facturation des transactions internationales. Certes, l’euro monte en puissance. Mais la récente crise de la dette souveraine des pays européens a mis du bémol sur l’espoir placé en cette monnaie.
Le yuan chinois, bien que progressant dans les transactions entre la Chine et d’autres pays du Tiers Monde, n’a ni l’ossature, ni les qualités d’une monnaie pouvant remplacer le dollar.
Le dollar US est une monnaie certes, mais c’est aussi une économie et une culture. Une économie diversifiée, capable de rebondir à tout moment. Une économie qui attire les meilleurs dans le monde entier avec une politique d’immigration plus favorable.
C’est aussi une culture de consommation, de vie par l’endettement, donc de création de la monnaie. On ne devient pas une monnaie internationale avec une population qui épargne à outrance. Comment le marché international de cette devise sera t-elle approvisionné s’il n’y aps création monnaie au niveau national?
En somme, cette étape est une tornade dans un verre d’eau. Il n’y a pas d’alternative ni pour les bons du Trésor américain, ni pour le dollar. Dans quelques mois, ce sera du business as usual. Parions que S&P va revenir sur sa décision dans moins de six moins. Mais au moins, les USA et le monde aura peut-être compris qu’on ne met pas tous ses oeufs dans un même panier.
A t-on vraiement le choix. Lait’s wait ans see.
Aide à la Grèce : la bonne affaire des prêteurs
17 avril 2010
Alors que la Grèce a entamé jeudi le processus qui pourrait enclencher l’activation du mécanisme d’aide, L’Expansion.com a calculé combien la France, l’Allemagne mais aussi l’Espagne et le Portugal pourraient gagner grâce à leur solidarité…
A lire dans l’Expansion.com
Le suicide de la Grèce
30 mars 2010
La situation de la Grèce est intéressante pour les États Africains. Ces pays à qui on fait croire qu’ils sont entrés dans la société de consommation. Les dirigeants (et certains citoyens) se permettent tout, et ne se privent de rien. Un beau jour, le maître vient siffler la fin de la récréation. Et là, on vous présente la facture de toutes vos beuveries. Elle est salée. Il faut se serrer la ceinture pour faire face à ses engagements.
Menacée par les marchés qui sentaient qu’elle ne pouvait plus honorer ses créances, la Grèce a supplié ses homologues européens pour lui servir de garantie virtuelle. Le pays l’a obtenu. Comme le répétait le premier ministre grec, la Grèce n’a pas besoin d’aide financière de ses compères européens. Elle est repartie sur les marchés.
Lundi, 29 mars 2010, elle a levé € 5 milliards, avec les obligations d’une maturité de 7 ans. Certains observateurs ont applaudi, sur la bonne affaire grecque. Un instant… A quel taux ce pays s’est-il endetté? A 5,90%!, contre 2,65% pour les obligations allemandes de même maturité.
La Grèce a choisi le chemin du suicide. Voici un pays qui s’endette sur les marchés à des taux voisins de 6%, mais dont les prévisions de croissance tourne au tour de -2%, au meilleur des cas. Ce qui laisse un gap de 8% chaque année. Pour les € 5 milliards empruntés le 29 mars, la Grèce aura à combler un gap de € 400 millions l’année prochaine. elle sera obligée de repartir sur les marchés financiers pour trouver cet argent. Les financiers ont déjà fait leur calcul. Ils savent que la Grèce est entrée dans un cercle vicieux. Quand elle reviendra sur les marchés l’an prochain, elle devra payer une prime plus élevée.
Le simple bon sens voudrait que lorsque vous vous endettez pour un certain taux, vous prévoyez entreprendre une affaire qui va vous rapporter plus que ce vous avez emprunté. Lorsqu’on s’endette à 6%, on espère investir dans une affaire qui rapportera plus de 6%. Ainsi, quand un État s’endette, c’est en prévision que le taux de croissance de son économie sera supérieur au taux d’intérêt de la dette contractée. Le raisonnement peut se faire sur plusieurs années. Si le taux de croissance n’est pas élevée cette année, il le sera dans un an ou deux. Ce n’est pas le cas de la Grèce. Ce pays s’enlise…
C’est cruel et pathétique de laisser un pays s’enfoncer comme le fait la Grèce aujourd’hui. Dans une situation difficile, l’humilité devrait les guider d’aller demander de l’aide pour s’en sortir. Le discours selon lequel “nous n’avons pas besoin d’aide financière” est catastrophique pour la Grèce. Les Allemands font payer à la Grèce le prix de leur mauvaise gestion passée, et de leur orgueil présent. Et les banques se frottent les mains. Elles achètent la dette grecque à 6%. Au cas où elles ont les problèmes de liquidité, elles peuvent aller à la Banque Centrale Européenne emprunter à un taux de 1%! Elles grappillent au passage 5% de bénéfices sur le dos des citoyens grecs, qui ne méritent peut-être pas tant de souffrance.
La Grèce a deux solutions radicales pour sortir du cercle vicieux:
- Demander explicitement une aide financière, pour actionner l’aide européenne et celle du FMI;
- Sortir de l’euro, afin de dévaluer sa monnaie pour retrouver la compétitivité extérieure de son économie.
La deuxième solution est la plus radicale, et la plus réaliste. Aux grands maux, les grands remèdes. Le mal grec est si profond qu’elle n’a pas d’autres choix. Si elle n’avait pas faussé ses chiffres, la Grèce ne serait pas entrée dans la zone euro. Les dés ont été pipés, il faut recommencer. L’histoire a rattrapé le peuple grec.
Vous ne méritez pas d’être dans la zone euro, ayez le courage de sortir, afin de mieux vous préparer.
La Grèce est partie pour des taux de croissance négatifs pour deux ou trois ans encore. Au taux actuel d’endettement sur les marchés financiers, sa dette publique sera insoutenable. Et elle risque de s’enfoncer davantage, au grand bonheur des marchés financiers mais au grand malheur du peuple grec.
PS: Au lendemain (31/03/10) de ce billet, le Wall Street Journal a fait la même analyse que nous. A lire pour approfondir la réflexion.
Dette souveraine: états des lieux
24 mars 2010
Je vous laisse découvrir l’analyse du Wall Street Jounal sur les risques liés à la situation économique des pays developpés.
Les critères pris en compte sont: le déficit budgétaire , la dette publique, le taux de croissance et l’inflation.
Edifiant!
Plus l’indice est proche de 1, plus le risque de défaut est élevé:
- Irlande: 0,98
- Grèce: 0,90
- Portugal: 0,59
- Royaume-Uni: 0,52
- Italie: 0,43
- France: 0,37
- Espagne: 0,33
- Japon: 0,28
- États-Unis: 0,21
- Belgique: 0,15
Fitch dégrade la note de la dette portugaise
24 mars 2010
Après la Grèce, le Portugal?
C’est la question que l’on pourrait se poser au moment où le site Bloomberg vient d’annoncer que l’agence de notation Fitch a baissé la note de la signature portugaise de AA- à AA.
Il est précisé que les perspectives macroéconomiques portugaises ne sont pas bonnes.C e qui laisse présager que les finances publiques vont se détériorer dans les mois à venir, augmentant les risques de défaut sur la dette publique. Rappelons que le déficit budgétaire pour l’année 2009 est prévu atteindre 9,7% du PIB.
Du coup, la valeur de l’euro a chuté sur les marchés de change.
Pourquoi la Grèce a-t-elle peur du FMI?
23 mars 2010
La vraie question est: pourquoi l’Europe a-t-elle honte d’aller au FMI?
Les Européens ont une démocratie qui fonctionne. Tout le monde a le droit de parler, sur tout et sur rien. Voici une situation urgente, et ils continuent de parler (parfois pour ne rien dire de concret).
D’ici mai 2010, la Grèce doit régler une dette d’environ € 22 milliards. Ce pays a déjà obtenu € 5 milliards sur les marchés financiers (à un taux de 6,35%). Il lui faut trouver dans l’urgence € 17 milliards. Comment faire? Tous les autres européens utilisant l’euro, y compris la Banque Centrale Européenne, s’accordent à dire que les pays voisins doivent prêter à la Grèce. L’Allemagne fait exception à la règle. Pourquoi cette prise de position?
Rappelons que l’Allemagne n’a accepté d’abandonner le Mark pour adopter l’euro qu’à la condition qu’elle n’aura jamais à venir au secours d’un pays indiscipliné qui rencontrerait des problèmes. La lutte contre l’inflation est gravée dans la constitution allemande, après le traumatisme de l’hyperinflation qu’ a connu ce pays dans les années 30. L’Allemagne a tiré les leçons du passé, où il était clairement établi que c’est le déficit budgétaire qui était à l’origine de cette hausse sauvage des prix. C’est pour contraindre les pays adoptant l’euro de se discipliner que la clause pour chaque pays d’avoir un déficit budgétaire inférieur à 3% du produit intérieur brut (PIB) a été introduite parmi les critères de Maastricht.
Pour l’année 2009, seule l’Allemagne a eu un déficit de 3,7% du PIB. Le pays le plus proche est la France avec un déficit d’environ 8% du PIB. Tous les autres pays utilisant l’euro ont des situations pires. D’où leur solidarité envers la Grèce. Et on comprend l’hostilité de l’Allemagne a mettre la main à la poche.
L’Allemagne, à travers sa voix la plus autorisée, a dit que la Grèce doit aller au FMI. C’est la première puissance d’Europe qui parle. C’est surprenant qu’on en soit encore à épiloguer là dessus. Si l’Allemagne a décidé que la Grèce ira au FMI, ce sera le cas. C’est aussi simple que cela.
Le pays le plus puissant d’Europe n’a pas honte de faire appel au FMI. C’est une solution viable à long terme pour la survie de l’euro. Car ce sera un message clair et sans équivoque à tous les autres pays qui s’amuseraient avec leurs finances publiques, dans l’espoir que l’Allemagne sera là pour les secourir en cas de problème. En économie, on dira que cela permet d’éviter l’« aléa moral ». Si vous voulez éviter l’humiliation, restez disciplinés!
Au fait que gagnerait la Grèce en allant au FMI? Un article du Wall Street Journal nous éclaire là dessus. Ainsi, la Grèce ne peut obtenir du FMI qu’un prêt de € 10 milliards à un taux de 2,70%. Si tel était le cas, les pays européens combleraient le gap des € 7 milliards restants. Le FMI ne prête pas sans conditions. Les conditionnalités imposées par le FMI sont déjà annoncées et mises en œuvre par le gouvernement grec lui-même. Les experts du FMI viendront s’assurer que ces mesures impopulaires sont bien mises en œuvre. Il est bon à savoir que les prêts du FMI sont prioritaires lors des remboursements.
Même si la Banque Centrale Allemande émet de sérieuses réserves sur la venue du FMI en Grèce. Elle estime que le FMI n’intervient dans un pays que si ce dernier connait des problèmes de balance de paiement. C’est vrai. Mais il faut aussi rappeler que le FMI doit veiller à la stabilité du système financier international. Ce qui se passe en Grèce (donc en Europe) peut causer des perturbations dans d’autres pays qui utilisent l’euro comme réserve internationale de change. Que les européens ne pensent pas qu’ils sont les seuls concernés par toutes les tumultes de leur endettement public.
L’euro est une monnaie internationale qui constitue déjà une alternative crédible au dollar américain. Ce qui se passe actuellement n’est pas pour rassurer ceux qui prenaient cette monnaie au sérieux. Les Européens devraient taire leurs divergences et leur égo, et prendre des décisions rapides sous la houlette de la première puissance qu’est l’Allemagne. Ce pays est le patron de l’Europe. Ce doit être connu et accepté de tous, pour le bien de l’Europe et de l’euro.
Les pays ayant commis des erreurs devraient humblement accepter de se faire aider par les experts ayant des compétences reconnues. Actuellement, c’est le FMI qui a les moyens financiers et humains pour aider la Grèce, avec l’appui des autres pays européens. Trêve de bavardage, place à l’action.
Dans l’avenir, ceux qui ont peur du FMI savent ce qu’il y a faire pour ne pas recourir à cette institution bourrée d’éconocrates dogmatiques. A bon entendeur…
L’endettement des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Spain) n’a pas encore trouvé de solution. Le plus endetté des 4, la Grèce, n’est pas au bout de ses peines.
Le premier ministre grec, Georges Papandreou, est soit naïf, soit malhonnête envers lui même et joue avec les nerfs de ses concitoyens. En fait, la Grèce doit payer en avril-mai près de € 22 milliards aux créanciers. Cet argent, les grecs ne l’ont pas encore. Ils sont partis sur les marchés financiers, il y a deux semaines, se ré-endetter pour € 5 milliards, à un taux usurier de 6,35% (contre 3,15% pour l’Allemagne). Il leur faut trouver rapidement les € 17 milliards restant. Ils ont trois solutions:
-
- la meilleure, c’est se faire prêter cet argent par les autres pays européens, à des taux acceptables;
- la moins bonne, trouver une aide conjointe entre les pays européens et le FMI;
- la mauvaise, repartir sur les marchés financiers pour prêter à des taux qui vont les étrangler quand le temps viendra de payer. En fait, cette dernière solution est une fuite en avant.
Le premier ministre grec envisage une quatrième solution: prêter sur les marchés financiers, mais à un taux qui est proche de celui de l’Allemagne. C’est cette proposition qui est étonnante. Même par le bon sens, cela est incompréhensible pour une personnalité de son rang.
Pour caricaturer, imaginer que vous êtes dans un quartier. Votre voisin n’a pas un travail fixe. Il se débrouille avec les petits métiers. Mais il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Pour ne pas trop priver ses enfants, il essaie de leur donner ce que les autres enfants possèdent. Comme il n’a pas beaucoup de moyens, il s’endette auprès d’autres voisins. Voilà que le moment de rembourser ses dettes arrivent. Il constate qu’il n’aura pas assez d’argent pour rembourser. Il doit donc se ré-endetter auprès d’autres voisins pour payer les dettes déjà contractées. Les potentiels prêteurs lui disent qu’ils sont disposés à lui prêter de l’argent. Mais étant donné qu’ils ne sont pas sûrs qu’il va vraiment rembourser, ils vont prêter avec un taux d’intérêt plus élevé. Le voisin demandeur de dettes s’insurge contre cette pratique, et demande qu’on lui prête au même taux que les autres voisins qui ont un travail structuré et connu de tous, donc n’ont pas de doute quant à leur capacité de rembourser.
Le premier ministre grec dit vouloir prêter au même taux que l’Allemagne! C’est quand même culotté comme demande! Est ce la naïveté ou la malhonnêteté?
Finalement, cette position rend l’aide ambiguë. « Je n’ai pas besoin d’aide financière. Promettez de me secourir pour que les marchés soient rassurés et me laisse emprunter au même taux que l’Allemagne. », dit le premier ministre grec. Il est pris au mot par l’Allemagne.
La chancelière a déclaré dans The Wall Street Journal, qu’étant donné que les grecs n’ont pas fait une demande explicite d’aide, il est hors de question que le problème soit posé.
Cette position allemande est en fait une langue de bois. Les Allemands sont fermement opposés à toute aide. Ils l’ont fait savoir dans un sondage publié dans The Financial Times.
Les Allemands envisagent la possibilité qu’un pays puisse abandonner l’usage de l’euro, soit parce qu’on est cancre (les PIGS), soit parce qu’on est trop brillant pour faire chemin avec les nuls. Ce dernier cas est celui de l’Allemagne qui s’estime perdante dans ce club de bon à rien.
Mais il est aussi reproché à ce pays d’être trop compétitif. Ce qui fait qu’elle vend énormément à ses voisins, sans que ces derniers puissent être capables d’exporter en Allemagne. Ce pays doit changer pour son intérêt et celui de ses voisins, selon The Economist.
C’est curieux comme reproche. Dans une salle de classe, vous êtes premier dans toutes les matières, et vous avez 18 sur 20 de moyenne. Le deuxième de la classe a 12 de moyenne. On vous fait le reproche d’être trop fort. Et de faire un effort de ramener vos notes à 14 ou 15 sur 20! Voilà le reproche fait à l’Allemagne. Le ministre français des finances a eu le courage de le dire tout haut la semaine dernière.
Allez y comprendre quelque chose. Les européens (donneurs de leçons) n’ont pas fini de nous étonner.
Déficits publics: une nouvelle menace pour l’économie mondiale?
22 février 2010
The Economist avait déjà donné le ton dans son édition du 23 janvier 2010: « Stop! The backlash against big government » (Arrêtez! Le contre-coup du trop d’État). L’hebdomadaire britannique expliquait que si l’intervention de l’Etat avait été une bonne chose pour empêcher la plus grande dépression après celle de 1930, il était temps de commencer à se retirer de l’économie pour laisser la place aux privés.
Le jeudi 18/02/10 et le vendredi 19/02/10 ont connu deux interventions pour le moins insolite dans l’actualité britannique.
En effet, le 18 février, 14 économistes ont écrit au Sunday Times (cité dans the Financial Times, ft.com) que le temps était venu pour le gouvernement de commencer les coupes budgétaires cette année 2010. Car, argumentaient-ils, si les marchés financiers ne constatent pas que l’État britannique s’occupe sérieusement du déficit budgétaire, ils demanderont une prime plus élevée sur la dette du pays. En plus, les agences de notation pourraient baisser la note du pays.
Le vendredi 19/02, pas moins de 60 économistes (tous professeurs d’Économie dans de prestigieuses universités, y compris les prix Nobel) écrivent au Financial Times (ft.com) pour s’insurger contre cette proposition des 14 économistes ayant écrit le jeudi. Ils disent que la reprise de l’économie britannique est encore fragile. Commencer à s’occuper du déficit cette année étoufferait dans l’œuf cette reprise et la récession reprendrait de plus belle. Que choisir: le déficit ou la récession? Le déficit, répondent en cœur les éminences grises.
Ce débat britannique est en fait un débat mondial entre économistes de tout bord. Lors de la crise financière, les économistes se sont accordés (l’une des rares qu’ils sont d’accord) pour l’intervention de l’État dans l’économie. Deuxième point d’accord: les déficits publics doivent être réduits afin d’éviter les crises des dettes souveraines. Mais là où les désaccords sont profonds s’est sur le timing du retrait. Les libéraux veulent un début de retrait cette année. Alors que les néo-keynésiens demandent la consolidation de la reprise avant le retrait qui pourrait attendre l’année prochaine. Qui a raison? Les néo-keynésiens!!!
La réaction des marchés est plus psychologique que réelle. L’État britannique comme les États-Unis d’Amérique (USA) sont des économies diversifiées ayant à leur disposition tous les outils de politique économique pour combattre la récession. Ils peuvent rassurer les marchés financiers au cas où. Ils peuvent manipuler les taux d’intérêt ou agir indirectement sur les marchés de change pour faire baisser la valeur de leur monnaie. Ce qui est tout le contraire des pays européens englués dans les déficits abyssaux, sans arme monétaire. Ce sont la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne, qui sont menacés de défaut sur leur dette souveraine, sans possibilité d’imprimer de la monnaie ou de dévaluer, car utilisant l’euro. Mais ces pays sont suffisamment outillés pour être capables de faire face aux tempêtes des marchés.
La soutenabilité des déficits des pays européens se posent plus à moyen et long terme qu’à court terme. L’impératif actuel devrait être la consolidation de la reprise économique. La santé des économies développées est essentielle à l’état de l’économie mondiale. Les pays de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) sont concernés par ce qui se passe ailleurs.
Ces pays sont restés calés sur les dogmes du déficit minimum. Pourtant, les besoins sont énormes dans ces pays où les infrastructures de base font encore défaut. La question est de savoir si ces pays doivent se complaire dans les indicateurs macro-économiques sains (inflation et déficit maitrisés, entre autre), sans développement économique. Ou alors ils doivent prendre le risque de lancer des travaux publics pour se doter des infrastructures moteurs de développement, en laissant se détériorer les indicateurs économiques pendant des années, mais au moins jeter les bases du décollage économique.
Ces décisions font intervenir les questions monétaires qui sont contraintes par la fixité de la parité du taux de change avec l’euro. Si cette situation ne permet pas de prendre des décisions de politique économique bénéfique au développement, les conséquences devraient être tirées, et les bonnes décisions prises pour un début de développement économique de ces pays. Car l’impression qui se dégage est que ces pays font du sur place.
Alors si stabilité monétaire équivaut à stagnation économique, est ce la peine de continuer dans cette lancée? Nous pensons qu’il faut changer de cap, au plus vite!