Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement a donc pris fin ce jour. Résultat: l’euro semble avoir été sauvé, mais au sacrifice de l’Union européenne.

En fait, la Grande Bretagne est sur le point de quitter l’Union Européenne, faute d’accord avec la France et l’Allemagne.

* Point de divergence: le contrôle par Bruxelles des budgets nationaux. La modification du traité prévoit une inscription dans toutes les constitutions nationales de la règle d’or du respect de l’équilibre budgétaire. Ce point a été imposé par l’Allemagne, avec l’assentiment de la France. La Grande Bretagne ne l’entend pas de cette oreille. C’est la cassure.

* Point d’accord: Le FMI sera doté d’une cagnotte de près de 200 milliards d’Euro pour intervenir dans les difficultés des pays européens. En outre, le BCE s’est dite prête à jouer un rôle majeur dans l’achat des obligations émises par les Etats utilisant l’Euro qui éprouveraient des difficultés de se refinancer sur les marchés. Ce sera ni plus ni moins la plache à billets grandeur nature.

Les jours à venir diront si les marchés ont bien accueillis ses mesures, et s’ils les jugent suffisantes. Mais une chose est sûre, étant donné que l’Allemagne a obtenu ce qu’elle voulait, les jours de l’Euro ne sont plus comptés.

Espérons que cet optimisme sera confirmé dans les jours et semaines à venir.

Pour aller plus loin:

1- The Financial Times

2- The Economist

3- El mundo

4- Le Monde

La vraie question est: pourquoi l’Europe a-t-elle honte d’aller au FMI?

Les Européens ont une démocratie qui fonctionne. Tout le monde a le droit de parler, sur tout et sur rien. Voici une situation urgente, et ils continuent de parler (parfois pour ne rien dire de concret).

D’ici mai 2010, la Grèce doit régler une dette d’environ € 22 milliards. Ce pays a déjà obtenu € 5 milliards sur les marchés financiers (à un taux de 6,35%). Il lui faut trouver dans l’urgence € 17 milliards. Comment faire? Tous les autres européens utilisant l’euro, y compris la Banque Centrale Européenne, s’accordent à dire que les pays voisins doivent prêter à la Grèce. L’Allemagne fait exception à la règle. Pourquoi cette prise de position?

Rappelons que l’Allemagne n’a accepté d’abandonner le Mark pour adopter l’euro qu’à la condition qu’elle n’aura jamais à venir au secours d’un pays indiscipliné qui rencontrerait des problèmes. La lutte contre l’inflation est gravée dans la constitution allemande, après le traumatisme de l’hyperinflation qu’ a connu ce pays dans les années 30. L’Allemagne a tiré les leçons du passé, où il était clairement établi que c’est le déficit budgétaire qui était à l’origine de cette hausse sauvage des prix. C’est pour contraindre les pays adoptant l’euro de se discipliner que la clause pour chaque pays d’avoir un déficit budgétaire inférieur à 3% du produit intérieur brut (PIB) a été introduite parmi les critères de Maastricht.

Pour l’année 2009, seule l’Allemagne a eu un déficit de 3,7% du PIB. Le pays le plus proche est la France avec un déficit d’environ 8% du PIB. Tous les autres pays utilisant l’euro ont des situations pires. D’où leur solidarité envers la Grèce. Et on comprend l’hostilité de l’Allemagne a mettre la main à la poche.

L’Allemagne, à travers sa voix la plus autorisée, a dit que la Grèce doit aller au FMI. C’est la première puissance d’Europe qui parle. C’est surprenant qu’on en soit encore à épiloguer là dessus. Si l’Allemagne a décidé que la Grèce ira au FMI, ce sera le cas. C’est aussi simple que cela.

Le pays le plus puissant d’Europe n’a pas honte de faire appel au FMI. C’est une solution viable à long terme pour la survie de l’euro. Car ce sera un message clair et sans équivoque à tous les autres pays qui s’amuseraient avec leurs finances publiques, dans l’espoir que l’Allemagne sera là pour les secourir en cas de problème. En économie, on dira que cela permet d’éviter l’« aléa moral ». Si vous voulez éviter l’humiliation, restez disciplinés!

Au fait que gagnerait la Grèce en allant au FMI? Un article du Wall Street Journal nous éclaire là dessus. Ainsi, la Grèce ne peut obtenir du FMI qu’un prêt de € 10 milliards à un taux de 2,70%. Si tel était le cas, les pays européens combleraient le gap des € 7 milliards restants. Le FMI ne prête pas sans conditions. Les conditionnalités imposées par le FMI sont déjà annoncées et mises en œuvre par le gouvernement grec lui-même. Les experts du FMI viendront s’assurer que ces mesures impopulaires sont bien mises en œuvre. Il est bon à savoir que les prêts du FMI sont prioritaires lors des remboursements.

Même si la Banque Centrale Allemande émet de sérieuses réserves sur la venue du FMI en Grèce. Elle estime que le FMI n’intervient dans un pays que si ce dernier connait des problèmes de balance de paiement. C’est vrai. Mais il faut aussi rappeler que le FMI doit veiller à la stabilité du système financier international. Ce qui se passe en Grèce (donc en Europe) peut causer des perturbations dans d’autres pays qui utilisent l’euro comme réserve internationale de change. Que les européens ne pensent pas qu’ils sont les seuls concernés par toutes les tumultes de leur endettement public.

L’euro est une monnaie internationale qui constitue déjà une alternative crédible au dollar américain. Ce qui se passe actuellement n’est pas pour rassurer ceux qui prenaient cette monnaie au sérieux. Les Européens devraient taire leurs divergences et leur égo, et prendre des décisions rapides sous la houlette de la première puissance qu’est l’Allemagne. Ce pays est le patron de l’Europe. Ce doit être connu et accepté de tous, pour le bien de l’Europe et de l’euro.

Les pays ayant commis des erreurs devraient humblement accepter de se faire aider par les experts ayant des compétences reconnues. Actuellement, c’est le FMI qui a les moyens financiers et humains pour aider la Grèce, avec l’appui des autres pays européens. Trêve de bavardage, place à l’action.

Dans l’avenir, ceux qui ont peur du FMI savent ce qu’il y a faire pour ne pas recourir à cette institution bourrée d’éconocrates dogmatiques. A bon entendeur…

L’endettement des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Spain) n’a pas encore trouvé de solution. Le plus endetté des 4, la Grèce, n’est pas au bout de ses peines.

Le premier ministre grec, Georges Papandreou, est soit naïf, soit malhonnête envers lui même et joue avec les nerfs de ses concitoyens. En fait, la Grèce doit payer en avril-mai près de € 22 milliards aux créanciers. Cet argent, les grecs ne l’ont pas encore. Ils sont partis sur les marchés financiers, il y a deux semaines, se ré-endetter pour € 5 milliards, à un taux usurier de 6,35% (contre 3,15% pour l’Allemagne). Il leur faut trouver rapidement les € 17 milliards restant. Ils ont trois solutions:

    • la meilleure, c’est se faire prêter cet argent par les autres pays européens, à des taux acceptables;
    • la moins bonne, trouver une aide conjointe entre les pays européens et le FMI;
    • la mauvaise, repartir sur les marchés financiers pour prêter à des taux qui vont les étrangler quand le temps viendra de payer. En fait, cette dernière solution est une fuite en avant.

Le premier ministre grec envisage une quatrième solution: prêter sur les marchés financiers, mais à un taux qui est proche de celui de l’Allemagne. C’est cette proposition qui est étonnante. Même par le bon sens, cela est incompréhensible pour une personnalité de son rang.

Pour caricaturer, imaginer que vous êtes dans un quartier. Votre voisin n’a pas un travail fixe. Il se débrouille avec les petits métiers. Mais il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Pour ne pas trop priver ses enfants, il essaie de leur donner ce que les autres enfants possèdent. Comme il n’a pas beaucoup de moyens, il s’endette auprès d’autres voisins. Voilà que le moment de rembourser ses dettes arrivent. Il constate qu’il n’aura pas assez d’argent pour rembourser. Il doit donc se ré-endetter auprès d’autres voisins pour payer les dettes déjà contractées. Les potentiels prêteurs lui disent qu’ils sont disposés à lui prêter de l’argent. Mais étant donné qu’ils ne sont pas sûrs qu’il va vraiment rembourser, ils vont prêter avec un taux d’intérêt plus élevé. Le voisin demandeur de dettes s’insurge contre cette pratique, et demande qu’on lui prête au même taux que les autres voisins qui ont un travail structuré et connu de tous, donc n’ont pas de doute quant à leur capacité de rembourser.

Le premier ministre grec dit vouloir prêter au même taux que l’Allemagne! C’est quand même culotté comme demande! Est ce la naïveté ou la malhonnêteté?

Finalement, cette position rend l’aide ambiguë. « Je n’ai pas besoin d’aide financière. Promettez de me secourir pour que les marchés soient rassurés et me laisse emprunter au même taux que l’Allemagne. », dit le premier ministre grec. Il est pris au mot par l’Allemagne.

La chancelière a déclaré dans The Wall Street Journal, qu’étant donné que les grecs n’ont pas fait une demande explicite d’aide, il est hors de question que le problème soit posé.

Cette position allemande est en fait une langue de bois. Les Allemands sont fermement opposés à toute aide. Ils l’ont fait savoir dans un sondage publié dans The Financial Times.

Les Allemands envisagent la possibilité qu’un pays puisse abandonner l’usage de l’euro, soit parce qu’on est cancre (les PIGS), soit parce qu’on est trop brillant pour faire chemin avec les nuls. Ce dernier cas est celui de l’Allemagne qui s’estime perdante dans ce club de bon à rien.

Mais il est aussi reproché à ce pays d’être trop compétitif. Ce qui fait qu’elle vend énormément à ses voisins, sans que ces derniers puissent être capables d’exporter en Allemagne. Ce pays doit changer pour son  intérêt et celui de ses voisins, selon The Economist.

C’est curieux comme reproche. Dans une salle de classe, vous êtes premier dans toutes les matières, et vous avez 18 sur 20 de moyenne. Le deuxième de la classe a 12 de moyenne. On vous fait le reproche d’être trop fort. Et de faire un effort de ramener vos notes à 14 ou 15 sur 20! Voilà le reproche fait à l’Allemagne. Le ministre français des finances a eu le courage de le dire tout haut la semaine dernière.

Allez y comprendre quelque chose. Les européens (donneurs de leçons) n’ont pas fini de nous étonner.

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