Crise de la dette européenne : la BCE sort l’arme lourde !

22 décembre 2011

Mercredi 21 décembre 2011, la Banque Centrale Européenne a sorti l’arme fatale : elle a mis à la disposition de 523 banques européennes un montant record de 489 milliards d’euro, à un taux de 1% pour une durée de 3 ans.

Après avoir déjoué tous les espoirs d’une injection massive des liquidités dans le système bancaire, le Président de la BCE, Mario Draghi (en poste depuis le 1er novembre 2011, en remplacement de M. Jean Claude Trichet) a finalement lâché du lest. Les banques se sont approvisionnées au guichet de la BCE, avec pour objectif secondaire de soulager les tensions sur les obligations des Trésors des pays européens en difficulté. Ces fonds devraient servir à l’achat des obligations, devant entrainer la baisse des taux d’intérêt que les Trésors paient actuellement. La BCE voudrait que les banques prêtent chez elle à 1%, puis achètent les obligations dont les taux avoisinent les 6-7%.

A titre d’exemple, les bons espagnols d’une maturité de 2 ans ont un taux d’intérêt de 3,6% et ceux des italiens de même maturité s’échangent à un taux de 5,1%. Cela veut dire qu’une banque qui emprunte à la BCE à 1% et achètent les bons espagnols empochera 26 Euros sur chaque 1.000 Euros, et pour les bons italiens 41 Euros sur chaque 1.000 Euros.

Cette action aura l’avantage de soulager les Etats à court terme. Ce qui pourra leur donner du répit pour mener à bien les réformes structurelles, sans lesquelles la situation trouvera difficilement une solution viable. Les mesures pour atteindre l’équilibre budgétaire sont incontournables pour le long terme. Les mesures monétaires actuelles n’ont qu’une efficacité de court terme. Car si au bout de deux ans un pays comme l’Italie n’arrive pas à payer sa dette, les banques qui ont acheté ces bons aujourd’hui seront dans l’incapacité de rembourser leurs prêts à la BCE. Ce qui sera une situation pire qu’à l’heure actuelle. Ce que la BCE fait aujourd’hui, c’est comme refuser de prêter à un papa surendetté (la loi vous interdit de le faire), mais vous donnez du crédit à son fils, pour que ce dernier achète la dette du papa, dans l’espoir que papa remboursera au fils, qui à son tour honorera ses engagements vis-à-vis de vous. Donc si le papa fait défaut, le fils fera défaut, et vous voilà vous-même dans les problèmes.
L’autre objectif de la BCE est de permettre aux banques de prêter aux entreprises en quête de financement. Une chose est certaine, la BCE a agi comme une banque centrale devrait le faire pour soulager les acteurs économiques qui éprouvent des difficultés. Il revient donc à tous les protagonistes de jouer chacun sa partition. Les Etats qui seront dans l’incapacité de se tirer d’affaire n’ont d’autres choix que sortir de ce carcan. Le plus tôt serait le mieux.

Source:

New York Times: A central bank doing what it should

The Economist: The ECB, eternal and infinite

The ft: Demand for ECB loans rises to €489bn

2 Responses to “Crise de la dette européenne : la BCE sort l’arme lourde !”

  1. Simnoue Says:

    Article redigé avec des termes assez simples, pour expliquer des choses parfois complexes…

    Merci professeur!

  2. jeannot Says:

    bonne nouvelle en perspective.!!! donc nous attendons la suite..


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