Les résultats du Sommet de l’Europe peu convaincants
15 décembre 2011
Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union Européenne se sont réunis vendredi dernier pour trouver une solution « définitive » à la crise de la dette que traverse la majeure partie des pays ayant l’usage de l’Euro (monnaie unique européenne).
Les résolutions prises n’ont convaincu ni les agences de notation, ni les marchés, encore moins plusieurs observateurs de l’actualité économique.
C’est d’abord l’agence de notation Moody’s qui a fait part de son scepticisme sur la pertinence des résolutions prises pour résoudre la crise. Elle a menacé de baisser la note des dettes de certains pays, dont celle en ligne de mire actuellement est celle de la France. Le Président Français a commencé à préparer ses compatriotes à la possibilité d’une dégradation de la note de la dette souveraine du pays. Il a estimé qu’une baisse de la note de la France « n’était pas insurmontable ».
Par contre, le Gouverneur de la Banque de France s’en est violemment pris aux agences de notation, en estimant qu’elles sont incompréhensibles et irrationnelles. Il a fait savoir que ces agences ne tiennent pas compte des fondamentaux économiques. Il a estimé que la note de la Grande Bretagne, par exemple, devait être dégradée.
M. Noyer (le Gouverneur) a fait un violent réquisitoire en évoquant plusieurs griefs contre l’économie britannique. Il estime que ce pays «a plus de déficits, autant de dettes, plus d’inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s’effondre ». Ce que le gouverneur ne dit pas c’est que les marges de manœuvre dont dispose l’Angleterre ne sont pas les mêmes qu’en France par exemple.
L’Angleterre a un marché de travail plus flexible. De même, les coupes budgétaires y sont plus aisées à effectuer dans ce pays anglo-saxon qu’en France. L’Angleterre dispose encore de sa banque centrale qui ne tergiverse pas quand il faut mener une politique monétaire accommodante. La preuve est que près de 200 milliards de livres sterling ont déjà été injectées dans l’économie pour le rachat des obligations du Trésor dans le cadre des mesures dites « non conventionnelles » du Quantitative Easing. La Bank of England (banque centrale britannique) s’est dite prête à réinjecter 75 milliards de livres sterling supplémentaires dans les prochains mois si nécessaires. Les agences de notation tiennent compte de tous ces paramètres. Dans tous les cas, il ne faut pas chercher à tuer le messager (même s’il n’est exempt de reproche), mais à tenir compte de son message.
Par ailleurs, les marchés boursiers sont dans une vague de baisse de leurs indices toute cette semaine, preuve que les investisseurs n’ont pas confiance aux perspectives économiques européennes.
Dans le marché de change, la situation n’est guère reluisante. Hier, l’euro est tombé à son plus bas niveau depuis le mois de janvier 2011. Il s’échangeait à 1,30 USD. C’est le 07/01/2011, qu’un euro s’échangeait à 1,29 USD. Depuis lors, ce plancher n’a plus jamais été atteint. Cette tendance n’est pas du tout mauvaise pour les exportateurs. Mais le contexte actuel est particulier. C’est l’effet psychologique qui prime actuellement. Car la vie et l’avenir de cette monnaie sont en jeu.
En tout état de cause, nous ne le dirons jamais assez, les Européens essaient de gagner du temps en évitant l’inévitable : un ou plusieurs pays utilisant l’euro devraient sortir de la zone Euro, quelque soient les coûts. Les dirigeants européens savent ce qu’ils font. Nous espérons qu’ils assumeront le moment venu toutes les conséquences de leurs tergiversations actuelles. Malheureusement, ce sont leurs successeurs qui auront à répondre des actes posés par leurs prédécesseurs.
Pour approfondir :
Sarkozy minimise l’effet de la dégradation
Martin Wolf constate l’échec du Sommet
The Economist sceptique sur le Sommet
18 décembre 2011 at 3:33
justement , la France ne comprend pas que l’UK joue sur la planche à billet et on espère que la zone euro fera de même car le temps passe!!