La BCE face à la crise de la dette européenne

12 décembre 2011

En temps de crise, les mesures à prendre par les autorités sont d’ordre budgétaire, fiscale et monétaire. Les deux premiers aspects divergent selon les penchants politiques et les écoles de pensée économique. En effet, si vous suivez l’actualité aux Etats-Unis, vous vous demanderez pourquoi les démocrates et les républicains ne s’entendent pas sur les mesures adéquates pour baisser le niveau d’endettement du pays.

Les démocrates demandent qu’on augmente les impôts des riches (majoritairement républicains). Alors que les républicains exigent qu’on diminue les dépenses (dans les secteurs de la santé et de l’éducation) dont bénéficient en grande partie les pauvres (plus souvent démocrates). Ces mesures d’ordre fiscal et budgétaire varient donc selon les couleurs politiques.

Le seul aspect qui échappe plus ou moins à ces penchants est la politique monétaire. Les Etats avaient décidé de laisser ce rôle aux banquiers centraux. Et ces derniers ont demandé et obtenu qu’ils soient indépendants des politiciens. Ainsi, la plupart des banques centrales sont « indépendantes » et leur seul objectif est la lutte contre l’inflation.

Cependant, un pays comme les Etats-Unis, bien qu’ayant donné l’indépendance à sa banque centrale (la Federal Reserve, qui est d’ailleurs à capitaux majoritairement privés), a assigné à sa banque centrale, outre la lutte contre l’inflation, l’objectif de plein emploi.

Pour ce qui est de la Banque Centrale Européenne (BCE), elle n’a pour seul objectif que la lutte contre l’inflation. Celle-ci doit être autour de 2%. Sinon, la BCE doit agir en utilisant tous les instruments qui sont à la disposition, au premier rang desquels est la manipulation du taux directeur. Ce taux est celui auquel les banques secondaires éligibles au guichet de la BCE viennent se refinancer pour faire face aux besoins de liquidité à très court terme.

La BCE n’est pas autorisée à financer directement les Etats membres par les opérations massives d’open market (achat des bons et obligations des trésors nationaux). Ces opérations ne devraient intervenir que dans le strict cadre de ponction ou d’injection des liquidités dans le marché. Ce qui rentre en droite ligne dans ses attributs de maîtrise de l’inflation. Mais les opérations de rachat pour aider un Etat qui éprouve les difficultés sur le marché de la dette publique sont proscrites. C’est ce qui justifie tout le débat sur le rôle de prêteur en dernier ressort que devrait jouer la BCE.

La BCE a pourtant déjà « outrepassé » certaines règles qui lui étaient fixées, dans le seul but de donner un coup de main aux Etats en difficultés:

  • Elle a accepté les garanties constituées des bons (et obligations) de trésor grec, alors que la notation des ces derniers les classaient dans la classe spéculative ou « pourrie », ce qui est interdit dans ses statuts ;
  •  Elle a créé un guichet pour que les banques éligibles viennent se refinancer pour les prêts à trois (3) ans, ce qui n’était pas prévu.
  • Elle vient de baisser son taux directeur à 1%, dans l’espoir que les banques viendraient se refinancer à ce taux et acheter la dette des Etats dont les taux d’intérêt avoisinent les 6-7% pour certains, ce qui leur permettraient d’empocher  une belle plus value (à condition que ces Etats ne fassent pas faillite) ;
  • Elle s’est dite disposée à prêter au Fonds Monétaire International (FMI) des liquidités, afin que cette dernière vienne prêter aux Etats européens en difficulté ;
  • Etc.

Il est à noter les deux dernières mesures visent à jouer, d’une manière détournée, le rôle de prêteur en dernier ressort. La Banque Centrale d’Angleterre (BoE) et la Federal Reserve Bank ont eu la latitude d’user de la technique du « Quantitative Easing », qui n’est autre que l’usage de la planche à billets (achats massifs des obligations du Trésor) pour aider les banques à disposer de suffisamment de liquidités, non seulement pour se prêter de l’argent entre elles, mais aussi pour prêter aux entreprises qui veulent investir.

Ces deux banques centrales ont l’avantage d’être au service d’un seul pays. Ce qui n’est pas le cas de la BCE, qui est une fédération constituée de plusieurs banques centrales au service de tous les pays membres. La peur pour ces interventions est de faire croire aux autorités que la principale solution est la politique monétaire. Alors que les efforts de mettre de l’ordre dans les finances publiques constituent la première chose à faire. De même, les Etats peuvent se dire qu’ils peuvent être désordonnés dans leur gestion, dès qu’ils rencontreront des problèmes, la BCE sera là pour les aider. C’est ce que les Economistes appellent l’aléa de moralité.

Mais face à la profondeur de la crise actuelle en Europe, la question pressante et lancinante est celle de savoir quand est ce la BCE va lâcher du lest et sortir le grand bazooka ?

Dans tous les cas, au sortir de cette crise, le rôle de la BCE aura considérable changé.

Aller plus loin :

Don’t bank on seeing a big bazooka

Bank door QE

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.