Rôle des banques centrales dans la crise financière actuelle (2)
9 octobre 2008
Le 08 octobre 2008, les grandes banques centrales mondiales ont mené une action coordonnée de baisse de leurs taux directeurs de 50 points de base, c’est-à-dire 0,5%. Cette action visait à rassurer les marchés financiers que la crise est sous contrôle des pouvoirs publics. Ainsi, le taux directeur de la Réserve Fédérale (FED) est passé de 2% à 1,5% ; celui la banque centrale européenne (BCE) de 4,25% à 3,75% ; celui de la Banque d’Angleterre de 5% à 4,5%. La Banque du Japon a envoyé un message de soutien, mais n’a pas pu baisser sont taux directeur qui est déjà de 0,5%.
On a envie de dire que cette action arrive un peu tard. Quand la crise annonçait ses couleurs, la FED a pris les devants pour rendre le coût de l’argent moins cher en baissant son taux directeur de 325 points de base. Les banques centrales des autres pays, ne se sentant pas concernées par ce qui se passait aux Etats-Unis, n’ont pas jugé utiles d’anticiper. La BCE est même allé jusqu’à augmenter son taux directeur de 25 points de base (le 02 juillet 2008) pour, annonçait-elle, lutter contre l’inflation !
La crise des subprimes (prêts immobiliers à haut risque) est devenue une crise financière avant de transformer en crise économique. Comment cela est-il arrivé ? Quels sont les instruments dont disposent les banques centrales pour lutter contre une telle crise ?
1- De la crise des subprimes à la crise financière
Tout part de la volonté des ménages américains à faible revenu de disposer d’une maison. Ils n’ont pas de garanties suffisantes pour obtenir des prêts immobiliers. Certaines structures financières sentent que c’est un marché qui peut s’avérer juteux si elles font des montages qui puissent permettre à ces clients potentiels d’avoir des mensualités faibles (du moins au début du remboursement). Le taux directeur de la FED à cette époques est faible (il est de 1% dans les années 2001). Rappelons que le taux directeur est le taux auquel les banques peuvent se refinancer à la banque centrale. Si ce taux est faible, les banques proposent les crédits aux taux faibles également. Bien qu’elles ajoutent un montant qui leur permet de couvrir les charges et de faire un peu de profit (ce ne sont pas des organismes de charité !).
Les structures de financement des prêts immobiliers se sont mises à proposer des crédits à ces ménages à faible revenu et sans garantie solide. Ce qui ce ces structures n’ont pas dit clairement à ces clients, c’est que le taux d’intérêt sur les crédits était variable. C’est-à-dire que si la FED augmentait son taux directeur, cette hausse allait se répercuter sur les crédits. Donc, les tableaux d’amortissement allaient être constamment revus. C’est ce qui s’est passé finalement. De 1%, quand les premiers prêts étaient accordés, le taux directeur de la FED s’est retrouvé à 5,25%. Par ailleurs, une autre chose qui n’avait pas révélé aux clients étaient que les mensualités étaient volontairement faibles au début, mais allaient prendre l’ascenseur trois ans plus tard (les intérêts pouvant aller de 3% à 18% après 3 ans). Cela veut dire que même si la FED n’avait pas sensiblement augmenter ses taux directeurs, certains ménages allaient se retrouver défaillants. Les augmentations de la FED ont simplement amplifié (et mis au grand jour) un système qui était truqué dès le départ.
Mais pourquoi la crise des prêts hypothécaires devient donc une crise financière ? Je voudrai vous rappeler quelque chose de simple pour les banquiers. Lorsque vous vous endettez et que vous sollicitez une durée longue de remboursement, le banquier se frotte les mains, parce qu’en fin de compte, les intérêts de votre prêt seront plus élevés. Les ménages à faible revenu s’endettent généralement à des périodes de 20, 25 voire 30 ans. Les mensualités sont faibles (pour ne pas les étouffer). Mais le total des intérêts payés est différent. Si vous vous endettez pour 20 ans, les intérêts payés sont plus de 2 fois plus élevés que ci vous l’aviez fait sur 10 ans.
Face à ces prêts « juteux », les banquiers ont transformé ces créances en titres négociables sur les marchés. Les fonds d’investissement se sont rués sur ces créances à haut risque mais à fort rendement. Les fonds spéculatifs (hedge funds) ne sont pas restés en dehors de ces titres. Cependant, certaines structures ont acheté ces titres sans savoir qu’ils contenaient des créances à haut risque.
Finalement, la bulle éclate parce que le marché de l’immobilier s’essoufflait. Les prix des maisons baissaient. Les ménages défaillants ne plus vendre leurs maisons à un prix leur permettant de rembourser le crédit. Toutes les structures engagées dans le système se sont retrouvées avec des créances compromises.
Enfin de compte, aucune banque ne pouvait plus savoir si sa consoeur avait des prêts subprimes dans son portefeuille. C’était la crise de confiance. Les banques ne se prêtaient plus entre elles sur le marché inter-bancaire. Les taux d’intérêts se sont élevés sur ce marché. Puis que la banque prêteuse ne sait si celle qui emprunte aura les moyens de rembourser à échéance. Soit elle refuse de prêter, soit elle le fait à un taux plus élevé. C’est comme cela que la crise est devenue une véritable crise financière. Dans un tel contexte, la Banque Centrale est obligée d’intervenir pour fournir des liquidités aux banques qui en ont besoin.
2- Comment la crise financière devient elle une crise économique?
Le financement de l’économie s’effectue soit par les banques (intermédiation financière), soit par les marchés financiers (des-intermédiation financière).
Quand vous deposez votre argent en banque, il dort pas dans les coffres de la banque en totalité. La banque l’utilise, soit pour financer ceux qui sont dans le besoin (généralement les entreprises, mais aussi vous et moi pour acheter une maison, une voiture, etc.). Mais, ceux qui ont déposé leur argent vont de temps en temps le retirer pour faire face à des depenses quotidiennes (ou ils donnent des ordres à leurs banquiers de regler leurs dettes). La banque peut donc se retrouver à court de liquidité. Dans ce cas, elle va sur le marché des banques, celui où les banques se pretent entre elles pour trouver de l’argent (marche inter-bancaire). Quand la confiance regne, elle prête généralement à un taux inférieur à celui de la banque centrale. Mais si la méfiance s’installe, comme pendant cette crise, aucune banque ne fait confiance à l’autre. Le système se grippe, la banque centrale vient au secours. Mais entre temps, comme les banques éprouvent des difficultés à se refinancer, elles réduisent les crédits qu’elles accordent aux particuliers et aux banques.
Les entreprises n’arrivent plus à produire plus, parce qu’elles n’ont pas d’argent pour financer de nouveaux investissements. Elles n’embauchent plus. Les particuliers ne peuvent plus acheter biens de consommation (voitures, cuisinières, etc.). Les commerçants voient leur chiffre d’affaires baisser. Au final, la consommation et les investissements baissent, entraînant la croissance économique à la chute.
Dans les marchés financiers, la confiance ne règne pas non plus. Tout le monde veut revendre ses actions. Le prix baisse, entraînant la chute des indices boursiers. Dans ce climat, les ménages qui disposaient d’actions qui valaient un certain montant se retrouvent avec des actions qui ont perdu de la valeur. Ils avaient l’impression d’être riches, maintenant ils ont le sentiment qu’ils se sont appauvris. Ils baissent également leur consommation. Et aucun investisseur n’est plus encouragé à mettre son argent dans une affaire. C’est la crise économique !
- 3- Quels sont les moyens dont disposent les banques centrales pour y faire face?
Les banques centrales ont ce qu’on appelle dans le jargon économique les instruments de politique monétaire, qui sont principalement le taux directeur, les actions sur le marché monétaire (open market) et les réserves obligatoires.
Elles manipulent le taux directeur à la baisse pour rendre le coût de l’argent moins cher aux banques. Ces dernières devraient donc aller répercuter cette diminution sur les prêts à accorder à leurs clients. Par ce canal, la banque centrale espère contribuer à la relance des investissements des entreprises et à la consommation des ménages. Mais, les effets prennent souvent du temps. Aux Etats-Unis, on estime qu’il faut 6 mois pour qu’un mouvement du taux directeur de la FED ait des effets sur l’économie réelle. C’est aussi un signal donné aux agents économiques de reprendre confiance à l’avenir et d’investir. D’où l’action concertée des banques centrales mondiales du 08/10/08.
Par ailleurs, la banque centrale pallie à l’insuffisance de l’illiquidité dans le secteur inter-bancaire en rachetant les créances des banques contre les espèces au marché monétaire. Quand vous attendez que la FED ou la BCE a injecté une somme dans les marchés, c’est pour permettre aux banques (qui ne se font plus confiance) de venir auprès de la banque centrale se refinancer.
La banque centrale peut aussi baisser le coefficient de réserve obligatoire. C’est-à-dire la quantité d’argent que les banques secondaires doivent obligatoirement déposer à la banque centrale. Cette action permet aux banques de disposer de suffisamment d’argent pour prêter aux demandeurs de crédit.
Les banques centrales agissent sur les deux premiers instruments. Etant donné le retard dans l’effet concret des actions entreprises par les banques centrales dans l’économie réelle, c’est l’impact psychologique qui le plus rechercher. L’action coordonné des principales banques centrales donnera t-elle un signal fort aux acteurs économiques et financiers ? Rien n’est moins sûr. Le mal est déjà fait, il est peut être un tard.