La crise financière actuelle et le rôle des banques centrales (FED et BCE)
17 septembre 2008
Les mauvaises nouvelles ne font que s’accumuler. Après Fannie Mae et Freddie Mac qui ont failli s’effondrer, voici venu le temps de Lehman Brothers et de AIG. Entre temps, les bourses européennes et asiatiques retiennent leur souffle. Comme quoi, “quand les Etats-Unis éternuent, le monde entier attrape la grippe“.
La crise financière, qui est née aux Etats-Unis et est entrain de se propager en Europe et dans les pays asiatiques, a mis au devant de la scène les banques centrales des pays concernés.
Commençons par la Reserve Fédérale américaine (FED).
De janvier 2007 à septembre 2008, la FED a baissé 7 fois son taux directeur pour apporter son soutien à une économie américaine qui montrait des signes de faiblesse. Son taux est parti de 5,25% à 2%, soit 325 points de base de baisse(*). En coordination avec la banque centrale européenne (BCE), la FED a injecté des milliards de dollars en Août 2007, au début de la crise des subprimes, pour apporter des liquidités aux marchés monétaires. Elle s’est dit prête à injecter davantage, si le besoin se faisait sentir. Et le 16 septembre 2008, elle a de nouveau mis à la dispostion de AIG (American Insurance Group), une institution d’assurance qui était au bord du dépôt de bilan, 85 milliards de dollars. Entre temps, la FED a laissé couler Lehman Brothers, une banque d’affaires privé vieilles de près de 150 ans. Même le Trésor américain a refusé de mettre les fonds publics à la disposition d’une entreprise privée, comme il l’a fait une semaine plus tôt avec les deux plus grosses structures de prêts immobiliers (Fannae et Freddie, 100 milliards $ chacune). La banque centrale américaine a donné son aval pour les rachats de:
-
Merrill Lynch par Bank of America
-
Bear Stearns par JP Morgan Chase
-
Washington Mutual par JP Morgan Chase
-
Wachovia par (Citigroup?)
Elle a pesé de tout son poids pour l’adoption par le Congrès du plan Paulson, d’un montant de 700 milliards $. En outre, La FED a encouragé Goldman Sachs et Morgan Stanley (deux banques d’affaires dont le statut les excluait du financement au marché monétaire) de se transformer en holding pour obtenir des liquidités supplémentaires à la Banque Centrale américaine.
En agissant de la sorte, la FED a privilégié le soutien à la croissance par rapport à la lutte contre l’inflation. Car faut il le rappeler, les sommes injectées dans le système économique et financier ont un risque inflationniste élévé. Alors que les statistiques d’indice des prix américains laissaient dejà présagées le risque d’une augmentation de l’inflation.
En ce moment que faisait la BCE?
Le 20 mars 2008, le BCE a mis 15 milliards d’euros à la disposition du système bancaire européen. En Août 2008, elle a injecté 94,8 milliards d’euros dans le compartiment interbancaire, en coordination avec la FED. Elle s’est dite prète à inonder les marchés inter-bancaires et monétaires de liquidités si le besoin se faisait sentir.
Mais les dirigeants de cette institution sont restés insensibles au risque de recession que courent les économies européennes, en augmentant plutôt le taux directeur de 4% à 4,25% en debut juillet 2008(**). La BCE a (et continue) privilégié la lutte contre l’inflation (qui pointe à 4%, alors que la cible européenne est de 2%). Il est vrai que l’accuité de la crise est plus accentuée aux USA, mais les pays européens ne sont pas déconnectés du marché américain, au contraire! Mais pourquoi, des réactions un peu différentes des deux plus grandes banques centrales?
D’abord, la profondeur de la crise est différente des deux côtés de l’Atlantique. La crise immobilière est née (et est plus sévère) aux Etats-Unis qu’en Europe. Seuls quelques pays européens sont réelement touchés (Irlande, Espagne, et recemment en France…). Mais le commerce extérieur des pays européens a pris un coup par la baisse de la demande américaine et l’appréciation de l’euro (l’Allemagne est la plus concernée). Ensuite, les deux banques centrales n’ont pas la même expérience. La FED a 95 ans pour un seul pays, alors que la BCE n’a que 10 ans pour 15 pays. La coordination des politiques est plus complexe à la BCE qu’à la FED. En outre, les missions des deux banques centrales ne sont pas les mêmes. La FED a pour missions principales la lutte contre l’inflation, le soutien à la croissance et la contribution au plein emploi aux Etats-Unis. Pendant que la BCE n’a qu’une seule mission à savoir la lutte contre l’inflation. Enfin, les deux banques centrales n’ont pas les mêmes préoccupations de leur monnaie sur les marchés des changes. La FED peut mener une politique de “benign neglect” (négligence bénigne) ou comme l’exprimait un ancien sécretaire d’Etat américain au Trésor “le dollar est notre monnaie, mais votre problème“. En fait, les Etats-Unis achètent et vendent en dollars au reste du monde. Ils n’ont pas vraiment un problème de change. Ce qui n’est pas le cas des européens qui sont confrontés aux problèmes de valeur de leur monnaie sur les marchés de change. Leur commerce extérieur se fait principalement en dollars amériacains (même si le commerce intra-europe représente près de 60% du commerce extérieur des pays européens).
Et les autres banques centrales dans tout ceci? Prenons le cas de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC). Cette banque centrale gère une monnaie (Franc CFA) qui est arrimée à l’euro par une parité fixe (1€=655,957 F CFA). Sa politique monétaire est de ce fait alliénée à celle de la BCE. Toute action de politique monétaire de la BCE a un impact sur la politique monétaire de la BEAC. A titre d’exemple, courant 2008, la BCE a augmenté son taux directeur de 25 points de base. En juillet dernier, le comité de politique monétaire de la BEAC a décidé d’en faire autant. La situation économique réelle avait elle été prise en compte? S’il y avait un choix à faire entre le soutien de la croissance de la sous-région et la lutte contre l’inflation, qu’aurait fait le comité de politique monétaire?
Certes, la zone CEMAC court elle aussi un risque inflationniste. La question que l’on peut se poser est celle de savoir si une zone en proie au problème de (sous) développement peut se payer le luxe de privilégier la lutte contre l’inflation, au lieu de focaliser son attention sur la croissance.
En conclusion, le fait que les pays de la sous région en particulier et de l’Afrique en général soient quelque peu épargnés directement par la crise financière actuelle est le constat de leur déconnection et leur marginalisation des marchés financiers mondiaux. Leurs banques centrales suivent l’actualité financière avec intérêt certes, mais avec un léger détachement. Ces pays subissent les effets à travers les prix des produits alimentaires et de base, mais aussi et surtout les prix du baril de pétrole.
La FED est le maître du jeu, la BCE suit et les autres banques centrales s’adaptent, telle est la hiérarchie dans le monde économique et financier actuel.
(*) La FED a de nouveau baissé son taux directeur de 50 points de base. Il est de 1,50% depuis ce 10 octobre 2008.
(**) En concertation avec d’autres banques centrales mondiales (FED, Bank of Canada, Bank of England, Banque Nationale Suisse, Banque Centrale de Suède), la BCE a baissé (08/10/08) son taux directeur de 50 points de base, passant de 4,25% à 3,75% .
22 octobre 2008 at 3:01
si je pouvais faire quelque chose je le ferai
11 novembre 2008 at 10:04
quelques critiques à propos de la crise financière actuelle octobre 2008
on peut tout d’abord caracteriser cette crise finaciere née aux etats unis par :
une crise de deséquilibres macro-economiques
crise imobliere par la baisse de toux d’interet reél
le grand problème s’incarne en fait par l’independence de banque centrale des etats unis par rapport à la politique de pays , malgé la banque centrale FED essaye de contribuer la liquidité aux marchés financiers , elle n’arrive pas à eliminer la hausse de taux d’inflation , même elle ne soutient pas le taux de croissance economiques à un taux élevé et par consèquent economie de sous emploi .