Nouvelles conditions de banque dans la CEMAC:Portée et conséquences
8 juillet 2008
Le 02 juillet 2008, le Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC a décidé d’apporter des modifications dans les conditions de banque.
Ainsi, le taux directeur ou le taux des appels d’offres positifs (TIAO) est remontée de 25 points de base à 5,50%.
Le taux créditeur minimum est revenu de 4,25% à 3,25% (soit une chute de 100 points de base), pendant que le taux débiteur maximum a été purement et simplement supprimé.
Nous exposerons dans un premier temps la portée de ces décisions et en deuxième lieu, nous évoquerons leurs conséquences.
1- La portée des orientations de politique monétaire de la BEAC
Les décisions de politique monétaire de la BEAC n’ont généralement pas le même écho que dans les pays développés. Dans ces pays,tout changement de taux directeurs
fait l’objet non seulement d’anticipations des économistes et des hommes d’affaires, mais aussi de critiques des politiques et des économistes après la décision des autorités monétaires.
LEs cultures sont différentes et les implications divergent entre ces pays et les nôtres. Car une modification du taux directeur de la BEAC n’a pas la même influence
dans la CEMAC que dans la zone Euro. La principale raison est qu’actuellement les banques disposent des ressources suffisantes qui les évitent d’aller à la BEAC au refinancement. On dit que les banques sont
“hors banque”. Ainsi, toute modification de taux directeur de la BEAC n’affecte en rien la politique du crédit des banques. Le canal de transmission par le crédit est actuellement rompu dans la CEMAC
en cette situation de surliquidité des banques.
Le relèvement du taux directeur de la BEAC obéit à la logique de l’ancrage du F CFA à l’Euro. En effet, en adoptant la parité fixe entre le F CFA et l’Euro,la BEAC a accepté d’alliener sa politique monétaire
à celle de la Banque Centrale Européenne (BCE). Ainsi, tout mouvement de taux directeur dans la zone Euro devrait entrainer automatiquement un changement dans le même sens dans la CEMAC.
L’indifférence des banques face au taux directeur de la BEAC actuellement se repercute sur les acteurs économiques. Car aucun client ne verra son tableau d’amortissement remanié parce que la BEAC a modifié les taux dont l’impact
doit être ressenti par l’utilisateur final du produit BEAC (la monnaie). La communication autour de ces changements y est aussi pour quelque chose. Combien de camerounais sont informés des orientations de politique monétaire de la BEAC?
Si telle est la situaTion au Cameroun qui abrite le siège de cette prestigieuse institution, l’on peut déduire qu’elle est bien pire dans tous les autres pays de la CEMAC.
Par contre, les mouvements opérés dans les taux débiteurs maximum et créditeurs minimum sont importantes pour les entreprises (anonymes et individuelles) et les particuliers. Commençons par les taux créditeurs minimum. Ces taux sont ceux qui sont sensés
protéger le petit épargnant. Déjà, toutes les banques s’alignent rapidement sur ce taux, qui devrait être le minimum que les banquiers devraient proposer aux épargnants. Le baisser signifie que la BEAC repond positivement aux attentes des banques qui ont le souci du compte
d’exploitation, et non celui de l’activité économique en général. En effet, la surliquidité des banques les poussent à décourager l’épargne des ménages. Car ce sont des ressources qui leur coutent chères (charges financières générées par la rémunération des comptes d’épargne).
Pourtant ces ressources devraient servir à trouver des emplois qui financeraient l’activité économique. En baissant ces taux, la BEAC encouragerait elle-même l’attitude des banques secondaires dans leurs politiques d’octroi des crédits, à moins que la décsion sur les taux débiteurs maximum
ne visent qu’à encourager les banques à octroyer des crédits même aux clients présentant moins de garantie.
En effet, en supprimant les taux débiteurs maximum (taux au délà duquel un banquier ne peut franchir dans l’octroi du crédit), la BEAC a épousé les thèses des institutions internationales qui souhaitaient leur disparition. Partant sur des prémisses des idées libérales et en tirant les leçons de l’insuffisance de garantie de beaucoup de clients, la BEAC stipule que les
banques devraient désormais faire refleter, sans limites, les primes de risques sur les signatures de leur clientèle. Cette décision est d’une grande portée et peut avoir des conséquences énormes sur les économies de la CEMAC.
2- Les conséquences des décisions de politique monétaire
2-1- Les orientations du TIAO
Dans une situation de surliquidité des banques, le taux directeur de la BEAC n’a quasiment aucune importance pour les banques secondaires. Ceci limite l’impact de cet instrument de politique monétaire.
En effet, l’augmentation de 25 points de base du taux directeur signifie que la BEAC a resserré sa politique monétaire en la rendant plus restrictive. Ce mouvement vers le haut a pour but de lutter contre l’inflation (objectif final), en limitant l’accroissement de la masse monétaire (objectif intermédiaire)
à travers une de ses composantes (les dépôts), qui sont alimentés par les crédits à l’économie (une des contreparties de la masse monétaire).
Sur le plan externe, la BEAC cherche à maintenir son taux directeur (5,50%) au dessus de celui de la BCE (4,25%). Afin de maintenir un différentiel de taux favorable à notre sous-région (+1,25%) actuellement. Cette politique est pour le moment sans conséquence sur les économies de la sous-région. Mais elles pourraient
s’avérer nocives si les banques venaient à commencer à se financer à la BEAC. Le relèvement du taux directeur serait repercuté sur les taux de sortie des banques, ce qui rencherirait le coût du crédit, et partant decouragerait les investissements. Telle est l’une des conséquences néfastes d’une politique monétaire alliénée.
Il est à rappeler que la France a connu une situation similaire avant le lancement de l’euro. Ce pays a alliéné sa politique monétaire à celle de l’Allemagne, au prix de reprimer son activité économique!
2-2- La diminution du taux créditeur minimum (TCM)
Cette diminution peut avoir un impact double (en sens contraire). La diminution du TCM peut avoir un effet positif par son découragement à l’épargne des ménages, en les poussant à investir davatange, donc à prendre plus de risque d’investissement. De même, les épargnants devraient, avec l’appui de leurs banquiers, chercher des emplois plus rémunérateurs pour
leur argent. Les placements sur les marchés boursiers naissant à Douala et à Libreville devraient être encouragés. Mais ces aspects sont plus hypothétiques, car les banques de la CEMAC n’ont pas encore la culture du marché financier.
Par ailleurs, les structures de conseil aux petits épargnants n’existent pas dans ces structures ou quand elles existent, sont embryonaires. C’est l’impact négatif qui semble le plus probable.
Une diminution du TCE signifie un appel au découragement de l’épargne des ménages, un encouragement à la thésaurisation. A terme, ceci pourrait porter un préjuduce aux économies par l’insuffisance d’investissements. De même, cette situation peut encourager la fuite des capitaux de la zone CEMAC, à la recherche d’emplois plus rémunérateurs.
Il est d’ailleurs à craindre que la tendance de la BEAC se poursuive jusqu’à la suppression de ce taux! Les clients seront alors à la merci des banquiers, qui recolteront finalement les ressources à taux nul. Enfin, au moment où le taux d’inflation de la zone CEMAC frole les 4%, l’épargnant perdra la valeur réelle de son argent (-0,75%) en le plaçant dans un compte d’épargne!
2-3- La suppression du taux débiteur maximum (TDM)
La BEAC a finalement cédé aux sirènes libérales des institutions de Bretton Woods qui n’ont cessé de reclamer la suppression de ce plafond. La BEAC, en supprimant le TDM admet que ce dernier était l’une des causes de la surliquidité des banques, parce qu’il ne permettait pas de satisfaire une clientèle jugée risquée. Les conséquences de cette décision dépendent de l’angle d’analyse.
Cette mesure peut effectivement permettre aux banques de pratiquer des taux d’intérêts qui refletent la perception du risque des clients. Les banques octroieraient des crédits à des clients qui en étaient exclus jusqu’alors du système bancaire classique. Si tel est le cas, cela implique que cette mesure vise un accroissement des crédits aux menages, donc une augmentation de la masse monétaire, et par ricochet l’inflation.
Ce qui constituerait une contradiction d’utilisation des instruments de politique monétaire (augmentation du TIAO) pour atteindre un même objectif (combattre l’inflation).
La disparition du TDM va porter les taux d’intérêts des banques vers le haut. L’environnemnt économique des pays de la CEMAC augure t-il des taux de rendement internes des investissements elévés, afin de garantir le remboursement des crédits octroyés à des taux “prohibitifs”? Les banques de la CEMAC ne courrent elles pas le risque de “pourrir” leurs bilans par un accroissement des créances douteuses?
La COBAC (Commission Bancaire d’Afrique Centrale) devrait mener des études d’impact et prevenir des risques sur le système bancaire.
On pourrait enfin se demander si la notion de taux d’usure existera encore dans la CEMAC. Si oui, à quel niveau se situera t-il?
La politique monétaire menée par la BEAC obéit à la logique du système de change en vigueur dans la zone monétaire dans laquelle elle appartient. La fixité du taux de change avec l’euro et la liberté de transfert de capitaux contraignent la politique monétaire de la BEAC qui ne peut plus être autonome. Celle-ci peut être menée dans l’intérêt parfois contraire aux économies de la sous-région,
à condition de garantir la stabilité interne et externe de la monnaie que la BEAC émet. Toute la question est liée à l’efficacité de la politique monétaire dans les zones monétaires comme la nôtre. Cette même question est d’actualité en Europe (en France) sur les conséquences réelles des mesures de la BCE sur certaines économies de la zone. Dans les pays developpés, ces questions sont moins cruciales.
Mais elles sont d’une rare importance dans les pays sous-developpés comme les nôtres où tout est à construire. Mais peut-on se permettre le luxe de lutter contre l’inflation, au lieu d’oeuvrer pour la croissance économique et partant du developpement des économies sous-régionales?
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7 novembre 2008 at 1:13
jeune étudiant en économie monétaire et bancaire: je ne comprend pas pourquoi supprimer l tx max débiteur c’est rendre la bq telle un loup pr les particuliers et mm ls gros investisseurs. prqoi supprimer ce gard-fou garan de la gestion des opérateurs economiq? si réponse possibl, ds l’attente.
17 novembre 2008 at 6:52
Bonjour dissake,
C’est la question que bon nombre de personnes se posent.
En fait, la BEAC a finalement cédé aux pressions du FMI qui demanadait cette suppression depuis des années. Adepte de l’ultralibéralisme, le FMI estimait que la fixation d’un taux débiteur max ne faisait pas jouer la concurrence entre les banques à fond!
Avec la crise financière actuelle et le retour au contrôle des pouvoirs publics, j’espère que la BEAC aura l’humilité de revenir sur cette mesure absurde.
19 novembre 2008 at 4:57
je suis à la phase 2 de mon sujet et les infos dont j’avais grand besoin me sont tout à fait impossible à obtenir.Deux de nos plus prestigieuses banques ne sont pas disposées àrepondre à mes questions.
RDV à nos mails demain matin.
merci.
19 novembre 2008 at 4:59
je suis à la phase 2 de mon sujet et les infos dont j’avais grand besoin me sont tout à fait impossible à obtenir.Deux de nos plus prestigieuses banques ne sont pas disposées àrepondre à mes questions. comment je fais pour acceder à votre travail tenu à Ngaoundéré?
RDV à nos mails.
merci.
20 novembre 2008 at 6:22
Bonjour Africaine,
Vous êtes entrain de vous rendre compte combien il est difficile d’obtenir les informations sur le secteur bancaire. Il paraît que les banquiers ont le culte du secret: l’argent n’aime pas le bruit…
Pour la conférence de Ngaoundéré, vous l’avez en cliquant sur ce lien:
http://azojeca07.files.wordpress.com/2008/08/surliquidite_cemac.pdf
Bon courage.
7 février 2009 at 2:23
svp j’ai besoin des cause et effet de la surliquidité des banques dans la zone CEMAC et particulièrement et si possible le cas du CAMEROUN
MERCI D’AVANCE