C’est une question que m’a posé un étudiant l’autre jour. Je lui ai demandé de me donner son opinion et je devais donner la mienne.
Sans soucier, il m’ a dit qu’il pensait que c’était un outil de domination. Je lui ai demandé pourquoi il le pensait ainsi. Il m’a repondu que nous n’avons pas notre propre monnaie, et que nos reserves sont deposées au Trésor français qui en dispose comme il voulait.
Nous étions ainsi en plein à beaucoup d’idées reçues qui circulent à propos de la zone franc et du franc CFA.
A cet étudiant, j’ai demandé de me citer les pays africains non zone franc qui avaient vraiment decollé du fait de leur non appartenance à la zone franc. Il a eu du mal à trouver un pays qui fait vraiment la différence à quelques exceptions près du Nigéria ou du Ghana, ou encore le Botwana…
A l’intérieur de la zone franc, les différences de developpement sont elévés, Abidjan et Ouaga, quelle ressemblance? Douala et Bamako?
Je ne suis pas un défenseur de la zone franc, mais je dis que nous devons éviter de trouver des raisons de notre retard sur cet instrument que nous n’avons certes pas créé ni choisi librement d’y appartenir, mais qui a certains avantages que nous n’avons pas exploité, et que nous continuons à ne pas exploiter.
Je ne serai pas long, mais j’ai posé quelques questions à mon cher étudiant e je partage avec vous.
1- le fait d’avoir un compte d’opértaions au trésor français nous empêche t il de faire nos importations?
2- le franc CFA n’est impose t il l’importaion des biens de consommmation en lieu et place des biens de production?
3- les 35% des devises gérées par la BEAC produisent ils plus que le compte d’opérations (qui est remunéré)?
Le problème des africains de la zone franc est peut être celui de la zone, mais cette zone nous donne beaucoup d’avantages que nous exploitons mal!
La stabilité du change donne un avantage énorme en termes de diminution des coûts de transaction, de possibilité d’importer sans risque de change, etc.
Nous devons dons priviligier l’importation des biens de porduction pour transformer la structure de nos  économies.
Mais nous avons plutôt sombrer dans la facilité pour importer les voitures de luxe, des vestes, des liqueurs et que sais je encore…
Non, les dirigents africains doivent avoir une vision pour leurs économies pour les sortir de l’exploitation des matières premières dont les prix sont fixés par les consommateurs occidentaux. Nous devons tendre progressivement vers la transformation des produits vivriers pour la consommation intra africaine . Pour cela les structures de recherche doivent avoir toute l’attention des pouvoirs publics afin de créer des procédés pour augmenter la production des espèces agricoles et animales.
Les agriculteurs devraient être assistés pour que nous sortions de l’utilisation des houes et des machettes, pour adopter les tracteurs…
Ce sera le debut.
Laissons le problème de la zone franc, ayons une vision et mettons là en oeuvre. alors nous pourrons nous en sortir, même dans la zone franc!

3 Responses to “Zone Franc:outil de developpement ou de domination?”

  1. Nino Says:

    Très intéressant ce post…

    Je voulais quand même dire qu’il faut redire à cet étudiant que ce ne sont pas que des “idées reçues”. Enfin, le Pr tchuidjang Pouemi (Monnaies, Servitudes et Libertés), et plus récemment le Dr Agbohou (L’euro et le franc CFA contre l’Afrique) ont quand même écrit des livres qui vont dans le sens de ton étudiant.
    Il en faudra un peu plus qu’une dizaine de lignes pour convaincre que ces écrivains économistes véhiculent des idées reçues.

    La question de l’étudiant me semble ouverte, il ne se place pas dans une dynamique purement économique ou monétaire. Il me semble que si quelqu’un te nourrit toute ta vie (même à l’âge adulte), tu vis bien, tu en en santé, etc.., mais tu seras bien gêné de soutenir qu’il ne te domine pas. Car il est question ici de domination.
    On ne demande pas si en zone franc, on peut se développer; mais si la zone franc accentue, voire perpétue la domination française en Afrique.

    Et je vois mal quels arguments vont à l’encontre de cela.
    Il ne s’agit pas de dire que la zone franc est l’unique cause du sous-développement, mais que ça fait partie de la myriade de causes à toute déconstruire.

    Je comprends ta subtile question de lui demander un pays qui se serait développé du fait de sa non appartenace à la zone franc. Humm, ainsi un raisonnement serait faux parce qu’on n’aurait pas d’exemple. Je trouve ça très risqué comme argument de contre.

    Mais, tu oublies que tu n’as pas non plus d’exemples de pays développés du fait de leur appartenance à la zone CFA. Là, tu n’en as AUCUN; PAS UN SEUL.

    Au jeu de “je prouve mon argument par l’exemple”, ton étudiant gagne. Il a quelques exemples pour lui; toi tu n’en as aucun.

    D’ailleurs, dans le monde entier, aurais-tu un exemple de pays qui se serait développé alors que sa monnaie est gérée par un autre pays? AUCUN.
    Par contre, j’ai quelques exemples de pays développés qui gèrent eux-même leur monnaie (USA? Canada,Japon, Chine, Inde, Australie, etc..)
    TOUS gèrent leur monnaie, ça ressemble à un dénominateur commun quand même.

    Bien-sûr que la corruption, le détournement, les lourdeurs administratives sont des tares en Afrique, leur résolution est urgente. ça n’empêche pas que la domination monétaire de la France est aussi un problème, peut-être pas urgent, mais tout aussi important.

    Poru ta question 2, je pense que le franc CFA canalise nos importations. Pourquoi la France est-elle le premier partenaire de CHAQUE pays de la zone franc en terme de volumes et de part de marchés? Je ne pense pas que ça soit le fait du hasard.

    Je trouve aussi dommage que tu abordes les questions économiques sans rapport avec la vie sociale. Tes 3 questions sont purement économiques, alors que parler de domination est aussi idéologique. Les guerres d’indépendance n’nt pas exister à cause des agriculteurs qui utilisaient la houe et pas les tracteurs, mais parce qu’il y avait un sentiment de domination, d’infériorité.
    Aujourd’hui, avec la zone CFA, l’histoire se répète, et la zone CFA ne peut plus faire long feu.

    L’économie n’existe quand même pas pour elle-même. La monnaie est un instrument politique. On ne peut dissocier l’utilisation d’une monnaie et l’idéologie derrière.

    De plus, j’attends ta réponse, car je me positionne comme ton étudiant, et ça me ferait un peu mal que mon professeur réponde à mes interrogations et doutes par des questions.

    Trsè intéressant quand même. J4aodre l’économie, mais j’avoue que je vais paraître inculte sur certains points; mais ça ne représente que ma perception.

  2. azojeca07 Says:

    Bonjour Nino,

    C’est toujours avec plaisir que je lis des réactions perspicaces sur les questions économiques. J’ai le défaut, que je traine depuis la FAC, d’éviter d’abonder sur les questions connexes à l’économie (le droit a été mon cauchemar pendant mes études d’économie pour des raisons similaires). J’ai certainement tort.

    Mais, tu seras peut être déçu que je ne veuille pas aborder des questions idéologiques ou sociales d’une manière directe.
    Considérer la zone franc comme un outil de domination risquerait de décourager les plus faibles ou de pousser à la revolte les téméraires imprudents. Les rapports de force sont tels que nous devons tout simplement mettre en place des stratégies qui puissent permettre aux pays africains de la zone Franc de sortir du sous développement, avec ou sans zone franc.

    Je ne voudrai pas faire des comparaisons du genre les pays ayant leur propre monnaie (USA, Canada, Japon,…) se sont developpés et pas un seul pays au monde n’ayant pas sa propre monnaie ne s’est developpé. Je ne prends pas de position sur la zone franc outil de developpement ou de domination, je dis simplement que, du point de vue strictement économique, nous n’avons aucun blocage fondamental pour decoller.

    La question de la zone franc est plus une question d’avantages et inconvenients d’une parité fixe entre une monnaie nationale (suppra nationale) et une devise forte. Je continue à croire que nous n’avons pas tiré tous les avantages de la parité fixe du franc CFA, mais nous subissons tous les inconvénients de cette situation. A l’état actuel des choses (toutes choses étant égales par ailleurs), nous pouvons nous s’en sortir dans la zone la zone CFA.

    Est ce le sentiment d’infériorité qui nous pousse à acheter les voitures de luxe au lieu d’acheter du bitume pour arranger les routes à Yaoundé et Douala, pour disposer des sociétés de transport en commun fiables? Est ce le sentiment de domination qui nous oblige à privilégier l’importation des biens de luxe au lieu de veiller à la satisfaction des besoins primaires des populations, préalables au décollage? Je suis obigé d’argumenter par les questions simples afin de montrer ce que nous pouvons faire dans le contexte actuel, sans entrer dans les débats implicant la politique, la géopolitique ou le social.

    Le fait que je reste dans les arguments économiques n’implique pas que j’ignore les impacts sur d’autres domaines, au contraire!

    Non, mon cher Nino, pour l’africain moyen, je lui tiendrai le langage simple: quand vous partagez au marché, soyez conscient de ce que vous achetez. Car votre acte d’achat a des implications économiques et sociales elévées. J’achète du riz chinois, indonésien ou camerounais? J’ai un peu d’argent épargné, dois je me procurer d’une voirture pour mes déplacements personnels, ou d’une pick up qui, en plus de mes deplacements personnels, peut vous permettre de faire du transport des produits vivriers aux enlentours de Yaoundé pour les acheminer dans la capitale camerounaise.
    Sinon, pourquoi ne pas songer, avec cet argent, à mettre sur pied une activité rémunératrice (exploitation agricole, ferme,etc….).

    c’est en cela que l’Etat devrait intervenir pour encourager et accompagner ces petits exploitants, entre autres chose à faire.

    Je ne suis pas contre les théories developpées par ces éminents professeurs – écrivains. Ce que je reprochais (et que je continue de reprocher) à mes enseignants d’économie, c’est de rester dans la théorie, sans trop d’emprises sur la réalité. ce n’est peut être pas le cas de Pouemi et Agbohou, mais mon objectif est de dire qu’il est possible de nous s’en sortir dans la zone CFA, afin de disposer des moyens d’en sortir plus tard. Pleurer que la zone franc est un outil de domination ne nous fera pas sortir de cette zone à l’issue des larmes versées. C’est en exploitant les possiobilités actuelles que nous nous tirerons de la situation.

    Je pense que les habitudes de consommation que nous avons aujourd’hui ne sont pas propices à la gestion d’une monnaie (même nationale). Ce sont peut être les mauvaises habitudes acquises en zone franc? Il faut les changer.

    Pour finir (pour le moment), je me rappelle d’un entretien entre mon collègue et moi en 2001. Il me demandait pourquoi je n’achetais pas de voiture pour aller au boulot, comme l’avait dejà fait la quasi-totalité des autres collègues. Je lui ai dit que j’attends une société de transport en commun. Et que c’est dans le bus que je devrai me rendre au travail, et pas dans une voiture personnelle! Je ne comprenais pas que les hauts responsables de l’Administration publique en Norvège vont en bus au boulot, et un camerounais dont le pays ne produit même pas de vélo, et encore moins de voiture, se permette de mobiliser autant de capitaux pour acheter une voiture. Ce collègue m’a ri au nez, en me disant que j’attendrai longtemps que Yaoundé ait les bus! En 2007, une société de transport en commun s’est installé à Yaoundé. et je suis fier de prendre le bus le soir quand je rentre!

    A bientôt pour la suite du débat.

  3. mouyabi Says:

    attention à Agbohou
    Les points bloquants de la création d’une nouvelle monnaie africaine
    Je tiens à revenir sur ce sujet car comme je l’ai fort bien souligné déjà c’est un point important. Et nous ne devons point laisser notre ressentiment guider nos choix mais uniquement la raison.
    Avant de crier victoire, nous nous devons de circonscrire une théorie dans la réalité afin de nous assurer de sa viabilité. Et ensuite valider que certains points bloquants trouvent solutions.
    Certes l’indépendance des pays africains passe par une totale indépendance économique notamment par l’exercice d’une souveraineté monétaire pleine et entière ; avec une création une gestion et autonome de cette monnaie.
    Mais cela doit se faire de manière rationnelle.
    Petits rappels théoriques :
    Dans la société politique, la monnaie est ce qui mesure la valeur marchande des biens et services échangés. C’est l’étalon de la valeur ; tout comme le mètre est l’étalon de la distance. A ne pas confondre avec l’argent. On appelle “argent”, une quelconque quantité de monnaie.
    On peut cependant remarquer qu’il est aberrant que l’étalon de la valeur fluctue au gré du temps et des pays ; tandis que l’étalon de la distance (de la masse, du volume, etc.) est le même partout et toujours.
    D’où en théorie l’idée d’instituer une monnaie unique mondiale… Cette idée si théoriquement elle est viable dans la pratique elle se heurte à quelques écueils, le bien produit se dégrade ou se déprécie avec le temps et donc ne peut pas toujours avoir la même valeur. De plus cette valeur qu’on attribue à un bien ou service donné est très subjective et dépendante aussi de l’attachement que l’acheteur ou/et que le vendeur a pour ce ce bien ou ce service (exemple les objets d’arts ou tout ce qui a trait aux loisirs…)
    En résumé, la monnaie est donc bien l’étalon de la valeur (de la même manière que le mètre mesure les distances).
    - L’argent lui est un moyen de paiement, au même titre que la lettre de change, le chèque ou la carte bancaire.
    - l’argent a été crée comme unités physiques de “valeur marchande”, de la même manière qu’une règle en plexiglas de 100cm est une unité physique/matérielle du mètre.
    Après cet aparté venons-en au sujet qui nous intéresse à savoir la création potentielle d’une nouvelle monnaie africaine. Pour aborder ce sujet, je propose d’interpeller le frère Agbohou ainsi que tous ceux qui le soutiennent dans sa croisade sur certains points.

    1-La constitution des réserves monétaires
    En général certains pays fondent leur pouvoir monétaire sur leurs réserves d’or (US), de diamants, ou de leur production pétrolière (pays arabes), ou encore de leurs technologies, etc…
    Si à titre personnel il m’était donné de battre monnaie (ce qui est absurde, puisqu’en principe ce droit procède exclusivement du pouvoir public), alors cette monnaie serait la seule chose au monde dont je ne pourrais jamais manquer. Disposant par ailleurs de gisements de bauxite, manganèse, pétrole, or, diamant et bien d’autres ressources naturelles, l’Afrique est raisonnablement “riche”, voire “richissime”…D’où l’on voit à quel point la situation actuelle de l’Afrique est absurde voire paradoxale. En théorie disposant d’une majorité de ressources naturelles de ce monde, l’Afrique a largement de quoi évaluer sa monnaie et durablement

    Ce raisonnement simpliste est la première erreur de certains économistes afrocentristes qui se pensent libérateurs et avant-gardistes.
    Ils oublient une chose fondamentale, les richesses dont disposent les Africains ne sont plus la propriété de l’Afrique et des Africains mais celles des multinationales occidentales comme Bolloré, Exxon, Simportex, ELF TOTAL FINA, DEL MONTE, etc. et des créanciers des pays africains du fait de nombreuses hypothèques que nos dirigeants ont souscrit en contrepartie de l’exploitation des richesses avec des contrats de 50ans-99ans afin d’acquérir des biens ou des services auprès de ces derniers. Après la crise économique des années 1990 les pays africains ont été contraints et forcés de brader tous leurs patrimoines publics au bénéfice de certaines multinationales.
    La question la plus logique est de donc de savoir où sont donc nos réserves réelles d’or ou de richesses ? Sur quoi fonderons-nous la valeur de notre nouvelle monnaie?
    Certains objecteront en me disant qu’on peut faire une évaluation des ressources naturelles encore à notre disposition et en prendre une unité fondamentale sur laquelle reposerait notre monnaie. Sauf que si nous le faisons c’est bien beau mais que laissons-nous n’avons comme héritage aux générations futures si la création de notre monnaie s’avère être un échec criard?
    Heureusement, les réserves naturelles, exploitées ou non constituent une richesse. On peut donc créer une monnaie, appelons la le Kamita et l’évaluer à une fraction fixe d’un gisement de diamant par exemple? Encore faudrait-il que le gisement de diamant soit encore à nous. Admettons cela pour ne pas passer pour le vilain qui refuse de créer une nouvelle monnaie. Mais la vérité en toute chose est bonne à dire et à savoir.
    En principe l’Etat est dépositaire du pouvoir monétaire par l’intermédiaire de la Banque Centrale Nationale… ce pouvoir monétaire ne s’autodétermine pas de lui-même il doit être le reflet de la valeur de l’économie locale (PIB) ou nationale (PNB)….par rapport à l’extérieur notamment…la monnaie mesure les richesses, mais ne les produit pas directement.
    Certes, pour une puissance privée (qui donc en principe ne dispose pas de pouvoir de battre-monnaie), il convient par exemple de proposer du temps de travail, afin d’obtenir quelque quantité de monnaie. Mais la puissance publique, l’Etat, qui en principe monopolise le pouvoir monétaire, peut disposer d’emblée de toute quantité de monnaie jugée nécessaire à l’action publique. Avec les conséquences que cela peut impliquer (déflation, inflation ou hyperinflation si la création de monnaie n’est pas maîtrisée et bien gérée.)
    Ceci pour dire qu’il faut un cadre juridique et politique pour circonscrire l’espace économique qui sera dépositaire de cette nouvelle monnaie. Dans l’absolu, l’Afrique toute entière serait le théâtre idéal. Mais représentant 1% du commerce mondial, il y a là un risque majeur à se mettre en change flottant.
    A ce stade des spéculations, je ne vois pas encore d’espace économique, de cadre juridique ni encore les accords politiques des potentiels Etats membres ni même une quelconque banque centrale. Il est important d’avoir un cadre politique car c’est bien beau de dire qu’on va utiliser des richesses africaines mais tous les pays africains ne disposent pas d’un sous-sol riche. Alors comment arriver à mettre sur le même piédestal tous les pays pauvres d’Afrique et des pays qui sont potentiellement riches ? Comment gérer les égoïsmes nationaux par exemple, contraindre le Congo démocratique avec les minerais du Shaba à payer pour des pays qui n’apporteront aucune garantie dans la construction de cette nouvelle monnaie. Soyons simplement concret ici.

    Pour parler un peu technique allons plus loin même si ce n’est pas ma spécialité car j’avoue ne pas aimer l’économie car à mon sens elle est assujettie à la politique et parler économie sans un cadre politique c’est divaguer. il est toute fois bon de savoir quelle est la voie à choisir pour créer cette nouvelle monnaie : la constitution d’une “masse critique”, l’approche dite du “big-bang” , l’approche “gradualiste” ? La création d’institutions crédibles et fortes avant le lancement de la future union monétaire ? Un accord sur le pacte de la croissance et de stabilité, la poursuite de la mise en œuvre de divers critères de convergence et leur harmonisation après le démarrage de cette hypothétique union ?
    La création d’une nouvelle monnaie impose-t-elle ou se fait-t-elle avec la mise en place d’un fond de solidarité pour aider les pays les plus faibles économiquement et l’institutionnalisation d’un mécanisme conjoint de surveillance au niveau des institutions régionales légalement habilitées à mettre en œuvre le programme de coopération monétaire ? Toutes ces questions à mon sens sont des préalables à toute idée de création de la monnaie.
    2-La monnaie : La kamita
    2-1 Système de change : change fixe ou flottant ?
    Change fixe
    Si l’idée sous-jacente à la création d’une monnaie est de la passer en change fixe, dans ce cas là : A quelle monnaie l’arrimons nous ? Au dollar ou à l’euro ?
    Dans les deux cas que ce soit le Dollar ou l’Euro, on changera simplement d’échelle de soumission. On passera de quelques pays BEAC, BCEAO et BCC pour enchaîner l’Afrique entière. Je tiens donc à dire que si c’est la solution proposée, écartons là sagement et surtout ne parlons plus de système de change fixe dans la suite de ce document car un jour ou l’autre il faudra encore sortir de ce change fixe et cela ne nous mènera nulle part.

    Change flottant
    Si nous avons l’intention de créer une monnaie en change flottant ce qui paraît être la seule vraie alternative à la sortie du CFA. Mais la création d’une nouvelle monnaie et le choix d’aller au marché des changes imposent rigoureusement de valider certains points clés :
    Cette monnaie comme tout bien économique sera soumise à la rude loi de l’offre et de la demande. Hors, l’Afrique toute entière c’est 1% des échanges mondiaux. Alors cette monnaie si effectivement elle circulera tant bien que mal dans l’espace économique africain, le problème réside sur sa demande sur le marché des échanges. Qui peut-elle intéresser hormis les Africains eux-mêmes ? Donc si elle n’intéresse personne hormis les Africains elle risque de se déprécier et conduire l’espace économique monétaire qui sera son terreau à une économie hyper inflationniste.
    Les banques (Banque centrale et banques commerciales)
    La majorité des banques commerciales en Afrique aujourd’hui sont des banques étrangères qui attirées par l’appât du gain sont implantées en Afrique. Je ne suis pas un économiste avisé peut-être mais alors où sont les banques Africaines ? Ces banques occidentales ne vont-elles pas simplement transférer le fruit du travail des Africains en occident en faisant des bénéfices sur le dos des africains dans une vision globale d’ultralibéralisme ? Ou alors ce qui compte ce n’est pas tant la vision nationaliste mais le profit ?
    La banque centrale Africaine battra de la monnaie certes mais cette monnaie là sera achetée par les banques commerciales occidentales qui feront des bénéfices sur le dos des Africains.

    Le taux de change et la force de la monnaie
    Si l’on aborde ces notions que le frère agbohou juge qu’elles ont été créées pour embrouiller les Africains, c’est pour y donner une autre résonance. La “force” d’une monnaie réside dans sa saine et rigoureuse gestion. Tandis que corrélativement le “poids” d’une économie consiste, notamment, en ses ressources humaines, naturelles, capitalistiques/industrielles et technologiques. Il n’y a pas une stricte corrélation entre les deux certes mais il est bon de relever la nuance. C’est ainsi par exemple que la “force” de la monnaie argentine s’est réduite, comparativement au CFA ; alors que le “poids” de l’économie argentine reste supérieur à celui de l’UEMOA par exemple.
    Cette notion n’est donc pas un simple leurre mais bien une donné fondamentale à plusieurs niveaux à savoir un baromètre pour mesurer la saine gestion de notre future monnaie mais également le poids de nos économies mais dans les deux cas. Nous déplorons aujourd’hui des économies moribondes malgré une monnaie relativement forte.
    Je veux montrer que l’idée d’Agbohou qui prétend que le décollage de l’Euro est un poison pour les économies n’est pas toujours vraie. En effet, pour les entreprises étrangères exportatrices, la réduction des coûts de transport et l’ouverture de l’économie africaine peuvent être des atouts d’implantation considérables. À ces éléments s’ajoute le rôle joué par le taux de change. Dans ce cadre, un euro fort peut être aussi est un élément très favorable pour attirer les entreprises exportatrices européennes. Par ailleurs, les entreprises étrangères, telles Bel et Danone dans l’agroalimentaire ou encore Aventis dans la pharmacie, investiront d’autant plus pour le marché africain que le pouvoir d’achat des africains le permettra.
    Avant d’aller plus loin je veux bien apporter des contre-exemples au discours d’Agbohou. Je lui pose donc la question de savoir quelle est la parité actuelle du Zaïre qu’on appelle encore le Franc de la république démocratique du Congo par rapport à l’euro (1,00 CDF Congo/Kinshasa Francs = 0,00114836 EUR)et dans quel état se trouve l’économie du Congo démocratique ? En 1960 le Zaïre était plus fort que le Dollar à titre de rappel.
    Ok , laissons de côté le Congo et parlons du Zimbabwé , quel est l’état de la monnaie zimbabwéenne ?(1,00EUR=47.404,60ZWD ou 1 ZWD = 0,0000210950 EUR.) l’économie Zimbabwéenne ? hyperinflationniste : une bouteille de bière coûte 8.000.000Z$ Le Zimbabwe a fini par émettre un billet de banque de 10 Millions. En gros il y a une forte dépréciation de la monnaie zimbabwéenne. La principale conséquence de l’inflation c’est de réindexer la valeur des biens par rapport au travail. Pour simplifier dans cet exemple il faudra plus de travail aux Zimbabwéens pour acquérir le même bien pour la simple raison que la dépréciation de leur monnaie impose cet effort là.
    On a eu des exemples réels de pays africains qui ont refusé le “marché” vicié de la France avec son Franc CFA comme la Guinée Conakry de Sékou Touré et malgré toutes les richesses naturelles et humaines de ce pays il a aussi sombré dans la misère que tous ses voisins pour finalement revenir dans le “giron” francophone…Pourquoi? Situation actuelle (1 EUR = 6.897,01 GNF 1 GNF = 0,000144990 EUR). Certes l’échec de la tentative guinéenne, dans un contexte d’isolement, voire d’ostracisme politique, n’apporte pas la preuve que toute tentative est vouée à l’échec. Toutefois l’échec de la tentative guinéenne a des causes internes (régime dictatorial de Sékou Toure) et externe (isolement provoqué par la France…)…et c’est bien ce paramètre politique qu’il faut analyser en profondeur aussi pour éviter que les autres tentatives (futures) ne soient pas également voués à l’échec…. Si on va un peu plus loin, j’aimerais juste rappeler que l’allié de la Guinée sous Sékou Touré était la défunte URSS (un pays désargenté), et sa politique de terreur ne permettait pas en plus de corriger les erreurs d’orientation.
    Le Ghana a fait l’expérience de sa monnaie (Ghana Cedis) également les chiffres parlent d’eux-mêmes : Le 1 EUR = 15.725,33 GHC ou 1 GHC = 0,0000635917 EUR. Avec un 1€ on peut s’offrir le fruit du travail des Ghanéens alors qu’avec un Cedie Ghanéen on n’aura même pas droit à un bonbon.
    Les mêmes causes produisant les mêmes effets la Gambie est également à la traîne avec son Dalasi : 1 EUR = 31,6869 GMD et 1 GMD = 0,0315587 EUR. Cela vaut tout autant pour le Birr Ethiopien : 1 EUR = 15,0920 et ETB 1 ETB = 0,0662602 EUR. Dois-je citer également le Nakfa Erythréen 1 EUR = 23,7038 ERN 1 ERN = 0,0421873 EUR? Ou le franc djiboutien ? 1 EUR = 277,902 DJF 1 DJF = 0,00359839 EUR
    Peut-être que la souveraineté monétaire du Nigeria avec la Naïra est une raison de se féliciter
    1 EUR = 185,594 NGN et par conséquent 1 NGN = 0,00538809 EUR
    Donc c’est bien beau de présenter des pays qui sont sortis du CFA et qui sont supposés avoir des économies florissantes. L’analyse partielle et biaisée d’Agbohou en ce qui concerne les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) pour illustrer la viabilité de certaines économies sortie du CFA est une approche quelque peu limite voire teintée de mauvaise foi car elle ne met pas en évidence les causes réelles qui ont dopé ces économies afin d’en faire des économies florissantes. Notamment les IDE, la manne du tourisme, les politiques fiscales de certains de ces pays pour attirer les capitaux étrangers et surtout l’investissement dans l’industrie pour sortir du système de production primaire et donner de la valeur ajoutée aux biens. Je renvoie ceux qui veulent plus clair sur le sujet sur les publications de Khadija El Issaoui, docteur et chercheur en économie.

    Dans le cas du Maroc plus précisément : la contribution des Investissements Directs Etrangers (IDE) à l’investissement global s’est améliorée, passant d’une moyenne annuelle de 1,36% entre 1970 et 1990 à 12,39% entre 1991 et 2005. Quant à la part des IDE dans la richesse nationale, le Maroc a réalisé une progression importante entre 1990 et 2006. Le stock d’IDE accueillis par le Maroc rapporté au PIB s’élevait en 2006 à 52% contre seulement 9,7 % en 1990. De ce point de vue, si le Maroc dépasse largement l’Algérie (8,9% du PIB) et l’Egypte (36,4 % du PIB), il souffre encore d’un certain retard face à des pays comme la Tunisie (71% du PIB). En effet, il semble que le capital étranger demeure insuffisant pour soutenir la croissance et la diversification nécessaire de l’économie marocaine comme le confirme l’examen de la politique de l’investissement au Maroc élaboré par la CNUCED en 2007. Voilà donc la vérité elle ne repose pas sur des approximations mais sur des faits.
    Il faut donc avoir la modestie de dire aussi que certaines tentatives isolées de création de la monnaie motivées par des théoriciens fantaisistes se sont avérées des échecs criards et notoires ; que certaines monnaies sont tellement faibles qu’elles asphyxient les économies des pays. Même si pour éclairé Agbohou ces notions sont faites pour faire peur et embrouiller les Africains.
    Seul compte, pour garantir une monnaie, le rapport de sécurité M/P permettant d’apprécier la qualité de la politique monétaire.” Et d’exercer cette souveraineté avec probité, rigueur ; en appliquant des règles évidentes de bonne gestion/régulation des phénomènes monétaires.
    La théorie économique enseigne également que la dévaluation peut être un remède lorsqu’il est pratiqué par un pays dans un environnement international stable et si toutes les conditions favorables sont remplies. Lorsqu’une dévaluation se produit dans un pays, la valeur de sa monnaie diminue en termes de monnaie étrangère. Les prix des produits nationaux paraissent alors moins élevés à l’étranger et le pays est normalement avantagé dans le commerce international.
    Cette dévaluation n’est donc pas toujours comme l’a présenté Agbohou un poison pour nos économies.

    L’argent
    En quelle quantité sera produite cette nouvelle monnaie ? Quels sont les rouages de distribution de cette monnaie, quelles sont les formes (électronique, scripturale, fiduciaire etc.) que peut prendre cette monnaie dans la situation actuelle de nos pays ?
    Dans quelle fourchette allons-nous battre cette nouvelle monnaie (billets et pièces) ?

    Convertibilité par rapport aux monnaies fortes (£,$,€)
    Admettons qu’une monnaie forte et durable soit créée et que nous ayons de quoi produire une certaine quantité de monnaie.
    Comment jouer le jeu des spéculations et produire plus de monnaie que nécessaire (ce que font la plupart des pays occidentaux, car l’ensemble des valeurs monétaires est bien nettement supérieur à la valeur réelle des biens en circulation, mais cela ne serait pas nécessaire, il me semble dans un tel cas de figure). Si les occidentaux refusent toute convertibilité entre la nouvelle monnaie et leur monnaie ?

    Echanges internationaux en dollars ou en Euros
    Un fait avéré aujourd’hui c’est le fait que les échanges internationaux se font en dollars cependant, en achetant en dollars, nous finançons le déficit américain, raison pour laquelle les américains tiennent tant à imposer leur système. L’Europe l’a compris et a créé sa propre monnaie l’euro. Dans la perspective de la création d’une nouvelle monnaie comment nous nous défaisons de cette pratique ? Allons –nous imposer le Kamita comme autre alternative dans les échanges internationaux ? Ou alors allons nous nous contraindre la queue entre les pattes à acheter en Dollar avec l’inconvénient que cela comporte ?

    Dans le contexte international actuel où il faudra faire accepter notre monnaie pour le change notamment, ne sera-t-on pas obligé de respecter les règles orthodoxes de finance publique et de monnaie??
    La question qui se pose est celle des modalités de création et de fonctionnement de cette monnaie :
    En effet, les biens sont échangés en fonction de leur valeur d’échange relativement à d’autres biens et pour faciliter les échanges la monnaie comme réserve de valeur et unité de compte est utilisée.
    De fait, la valeur marchande d’un trajet à cheval est plus faible que la valeur marchande avec un train diesel. Ce n’est pas être versatile que de considérer que la valeur d’échange d’un trajet en train diesel est supérieure à la valeur d’échange d’un voyage à cheval.
    Je ne pense pas qu’il faille mobiliser des éléments psychologiques pour régler le problème de la valeur d’échange entre 2 biens. Alors comment réglons nous le problème de la future valeur d’échange entre la future monnaie appelons là le Kamita et des monnaies de notoriété publique comme l’Euro le Dollar ou la Livre Sterling.
    .
    3-Sa viabilité
    Le facteur Humain (absence et gabegie)
    Nous avons besoin d’hommes et de femmes pour rendre viable notre monnaie mais la faiblesse du capital humain en Afrique au niveau local est un fait établi. Je m’explique. Prenons, l’exemple du Burkina, la plupart des cadres formés par les institutions universitaires burkinabé travaillent à Ouagadougou ou à Bobo-Dioulasso (cf. le livre d’Antoine Sawadogo) par contre les autres provinces sont insuffisamment dotées en personnels qualifiés pour suivre les stratégies élaborées définies depuis Ouagadougou pour l’ensemble du pays. C’est cela la faiblesse du capital humain au niveau local. Cet exemple du Burkina est aussi valable pour les 3 pays à gros effectif de diplômés de l’UEMOA le Bénin, la Côte d’Ivoire, et le Sénégal mais également pour la majorité des pays de la zone CFA. Cela entraîne de gros problèmes de coordination et je n’ose imaginer sur le plan Africain tout entier ou dans des pays comme le Libéria, le Tchad, la sierra Leone, le Soudan etc.
    Si à cela j’ajoute des pays comme le Sénégal ou le Mali qui ont déjà signé des accords avec la France dans le cadre de l’immigration choisie en somme le peu de matière grise à disposition ira combler les effectifs déficients des pays développés.
    Je veux bien passer sous silence le phénomène poignant de l’exode des cerveaux africains. Alors comment plombée par un facteur humain hautement déficient, cette monnaie va-t-elle pouvoir s’exprimer pleinement ?
    Les rouages de fluidification de l’économie
    - Les moyens de production (technologie/tracteurs vs machettes/houes/daba etc.)
    - Le transport (routes, chemin de fer, avion, bateau etc.)
    - Les réseaux de distribution (grossistes/détaillants/intermédiaires/marchés)
    - Les industries de transformation
    En toute honnêteté, l’Afrique dispose-t-elle de ces infrastructures essentielles non seulement à la production de sa richesse et mais aussi à l’évaluation de celle-ci par la nouvelle monnaie ?
    Les facteurs d’attractivité de l’économie
    Des études ont montré que les investisseurs étrangers attirés uniquement par la politique de privatisation et également par les mesures d’incitation fiscale et financière sont irréguliers, volatils et non durables. Ces caractéristiques bien qu’essentielles, ne sont pas suffisantes au décollage économique. Dans ce sens, les pays Africains se doivent dons d’accroître le niveau d’IDE au-delà des simples privatisations d’entreprises publiques.
    Quant aux autres facteurs d’attractivité, l’analyse de la structure industrielle des pays de la zone franc (Kamita) de 1960 à 2007 montre un tissu industriel quasi inexistant il s’en suit un potentiel d’attractivité faible. En plus, la présence d’une main-d’œuvre pas suffisamment qualifiée est également un frein à l’investissement, notamment dans les industries à haute intensité technologique comme l’aéronautique et l’électronique.
    Ce résultat nous permet de déduire que les politiques d’investissement dans le capital humain ont un impact négatif et sont à créer et à renforcer. Ces politiques auront un double effet dans la mesure où elles permettront d’attirer les IDE et également de maximiser leurs retombées positives.

    Le facteur technologique
    La tendance actuelle va vers la dématérialisation de la monnaie mais cette dématérialisation se sert des moyens technologiques. Hors l’Afrique présente un retard technologique conséquent alors comment allier le retard technologique actuel et la dématérialisation de la monnaie qui vise simplement une plus grande sécurité des échanges mais plus encore une rapidité. Time is money disent les Anglo-Saxons. Prenons un exemple camerounais : un fonctionnaire officiant à Yokadouma (sud-est du pays) doit faire le déplacement à la trésorerie de Yaoundé afin de toucher son salaire. Faire face à tous les fonctionnaires, aux moyens de paiement rudimentaires, à l’absence de structure bancaire à Yokadouma, etc. Coût de la transaction : deux semaines.
    La majorité des régions de l’Afrique, comme l’Afrique occidentale par exemple il n’y a presque pas d’infrastructures, d’équipements, de moyens de communication etc.) et donc où il y a presque tout à faire, alors comment cette nouvelle monnaie va-t-elle arriver jusqu’aux populations pour qui elle est supposée être créée ?
    Le retard technologique du continent a des conséquences sur ses quantités de production mais aussi sur la qualité des produits. Or, sur le marché international, nous faisons face à une concurrence multiple (quantitative, qualitative, faiblesse des coûts de production) imposée par les autres pays. Comment l’Afrique, affublée de sa seule monnaie flambant neuve, peut-elle espérer lutter dans un marché hyper concurrentiel sans avoir recours à des ersatz économiques financés par l’occident tels le commerce équitable etc . ?

    Les acteurs économiques
    Où sont les entreprises championnes et nationales, voire régionales, dans la zone de l’UEMOA (Union économique et monétaire de l’Afrique de l’ouest) et dans la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) ? Où sont les entreprises à majorité de capitaux sénégalais, béninois, congolais, tchadiens, qui exploitent les gisements miniers et le coton et qui exportent sur les marchés mondiaux ? Où sont les spécialistes africains, banquiers, traders, actionnaires, des entreprises de nationalités béninoises, congolaises capables d’influencer la stratégie des entreprises nationales ?
    Où sont les acteurs économiques qui permettront à la nouvelle monnaie africaine de vivre et de survivre ?

    Géopolitique internationale
    Dans ce volet j’aimerai non pas débattre sur la géopolitique mais soumettre cette petite histoire au crible du raisonnement de tout un chacun. L’état de décrépitude des pays africains peut laisser penser que la dette est une catastrophe pour l’humanité, maintenant dans la plus extrême pauvreté des contrées entières possédant pourtant d’importantes richesses matérielles et humaines. Une tragédie sous-jacente, qui provoque en aval une multitude de drames insupportables. Mais cette tragédie n’est pas arrivée toute seule comme peut survenir un tremblement de terre ou un cyclone dévastateur. Elle est la conséquence de choix géopolitiques bien précis. Surtout elle est un puissant mécanisme de subordination des pays du Sud, un nouveau colonialisme en somme. Comme toujours, elle s’est jouée en 5 actes
    Acte 1 : les années 1960-1970

    Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis ont instauré le plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe. Ils ont investi massivement dans l’économie européenne pour l’aider à se remettre debout et les pays européens sont redevenus très vite des partenaires commerciaux privilégiés. De plus en plus de dollars (la monnaie de référence) circulent à travers le monde, et les autorités américaines tentent de freiner les demandes de conversion de dollars en or, pour ne pas assécher leurs coffres-forts. Elles encouragent alors les investissements des entreprises américaines à l’étranger, pour éviter le retour des dollars en excès et une flambée de l’inflation chez eux. Voilà pourquoi dans les années 1960, les banques occidentales regorgent de dollars (les eurodollars) pour lesquels elles sont en recherche de débouchés et d’investissements. Elles les prêtent alors aux pays du Sud, qui cherchent à financer leur développement, notamment les États africains nouvellement indépendants et les pays d’Amérique latine.

    A partir de 1973, le choc pétrolier apporte des revenus confortables aux pays producteurs de pétrole qui les placent à leur tour dans les banques occidentales : ce sont les pétrodollars. Là aussi les banques les proposent aux pays du Sud, à des taux faibles pour les inciter à emprunter. Tous ces prêts provenant de banques privées constituent la partie privée de la dette extérieure des PED.

    S’ajoutent à cela les États du Nord où à partir de ce choc pétrolier, la crise s’est installée. Les marchandises produites au Nord ont du mal à trouver preneur à cause de la récession et du début du chômage massif. Ces pays riches décident alors de distribuer du pouvoir d’achat au Sud, afin de les inciter à acheter les marchandises du Nord. D’où des prêts d’État à État, souvent sous forme de crédits d’exportations. En gros, je te prête 10 millions à bas taux, à condition que tu achètes chez moi des marchandises pour 10 millions… C’est la partie bilatérale de la dette extérieure des PED.

    Le troisième acteur de cette histoire de l’endettement est la Banque mondiale. Institution née en 1944 alors que les États-Unis étaient en position de force sur la scène internationale, elle est profondément antidémocratique puisque le système adopté pour les États-membres est “1 dollar, 1 voix”. Les États-Unis possèdent plus de 17 % des droits de vote (ce qui leur fournit une minorité de blocage), alors que le groupe formé par 24 pays d’Afrique subsaharienne n’en détient que 2 %. A partir de 1968, son président est Robert McNamara, ancien ministre de la Défense américain qui a géré l’escalade de la guerre au Vietnam. Par l’intermédiaire de la Banque mondiale, McNamara va agir pour contrecarrer l’influence soviétique et les différentes tentatives nationalistes. Son combat va se placer sur le plan financier. De 1968 à 1973, la Banque mondiale va accorder davantage de prêts que pendant toute la période 1945-1968.

    Ces prêts ont plusieurs buts parfaitement clairs. Tout d’abord soutenir les alliés stratégiques des États-Unis (Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie, la dictature brésilienne puis plus tard les dictatures argentine et chilienne…) pour renforcer la zone d’influence américaine. Ils servent également à stopper le développement de certaines politiques visant à l’obtention d’une indépendance économique (Nasser en Egypte avec la nationalisation du canal de Suez, N’Krumah au Ghana, Manley en Jamaïque, Sukarno en Indonésie, etc.).

    La Banque mondiale incite les pays du Sud à emprunter dans l’espoir affiché de financer la modernisation de leur appareil d’exportation et les connecter au marché mondial. C’est la partie multilatérale de la dette extérieure des PED.

    Pendant ces années, l’endettement est encore supportable pour les pays du Sud car ces prêts leur permettent malgré tout de produire davantage, donc d’exporter plus et de récupérer des devises pour les remboursements et de nouveaux investissements.

    Ces trois intervenants (banques privées, États du Nord, Banque mondiale), avec la complicité des classes dirigeantes du Sud, sont à l’origine d’une augmentation exponentielle de la dette (elle est multipliée par 12 entre 1968 et 1980), précédant un tournant tragique.

    Acte 2 : la crise de la dette

    A la fin de l’année 1979, pour sortir de la crise qui les frappe, lutter contre une inflation importante et réaffirmer leur leadership mondial après les échecs cuisants au Vietnam en 1975, en Iran et au Nicaragua en 1979, les États-Unis amorcent un virage ultralibéral, qui sera poursuivi après l’élection de Ronald Reagan à la présidence. Depuis quelques mois déjà, le Royaume Uni fait de même avec le gouvernement de Margaret Thatcher. Paul Volcker, le directeur de la Réserve Fédérale américaine, décide une forte augmentation des taux d’intérêt américains dans le but d’attirer les capitaux et ainsi de relancer la machine économique américaine. Les investisseurs de toute la planète sont donc fortement incités à placer leur argent aux États-Unis. Mais quel rapport avec la dette ?

    C’est que jusque là les taux d’intérêt des emprunts accordés aux États du Sud étaient certes faibles, mais variables et liés aux taux américains. De l’ordre de 4-5 % dans les années 1970, ils passent à 16-18 % au moins, voire davantage au plus fort de la crise, car la prime de risque devient énorme. Par conséquent, du jour au lendemain, le Sud doit rembourser trois fois plus d’intérêts. En plein milieu du jeu, les règles ont été changées de façon délibérée : le piège s’est refermé.

    De surcroît, les pays du Sud sont confrontés à un autre changement brutal : la baisse des cours des matières premières et des produits agricoles qu’ils exportent. La grande majorité des prêts a été contractée dans des monnaies fortes comme le dollar. Au cours des années 1970, les pays débiteurs doivent donc se procurer de plus en plus de devises pour rembourser leurs créanciers. Ils tentent alors d’exporter encore plus (café, cacao, coton, sucre, arachide, minerais, pétrole, etc.) pour récupérer davantage de devises, ce qui fait encore baisser les cours, vu l’absence de demande supplémentaire au Nord. Le Sud se retrouve pris dans l’étau de la dette sans bien sûr pouvoir faire face à ses échéances. C’est la crise de la dette.

    En août 1982, le Mexique est le premier à annoncer qu’il n’est plus en mesure de rembourser. C’est la fin de l’acte 2, court mais brutal.

    Acte 3 : les plans d’ajustement structurel

    Cette crise de la dette résonne comme un coup de tonnerre dans le monde politique et économique. Les institutions internationales, censées réguler le système et prévenir les crises, n’ont rien vu venir.

    Dès qu’un pays est contraint de stopper ses remboursements, le Fonds Monétaire International (FMI) arrive en pompier financier. Mais un drôle de pompier, qui a exacerbé le vice des pyromanes…

    Plus personne d’autre ne veut prêter à ces pays qui ne peuvent plus rembourser. Le FMI est leur seul recours. Il accepte de prêter l’argent nécessaire (qui permet surtout de sauver les créanciers – souvent privés – du Nord), au taux fort bien sûr, mais à condition que le pays concerné accepte de mener la politique décidée par ses experts : ce sont les fameuses conditionnalités du FMI. En un mot, la politique économique de l’État endetté passe sous contrôle du FMI et de ses experts ultralibéraux. Là se situe l’apparition d’une nouvelle colonisation : une colonisation économique. Même plus besoin d’entretenir une administration et une armée coloniale sur place, le mécanisme de la dette se charge tout seul de gérer la dépendance.

    Les mesures préconisées sont inscrites dans un Plan d’ajustement structurel (PAS), qui correspond toujours au même schéma : abandon des subventions aux produits et services de première nécessité : pain, riz, lait, sucre, combustible… ; austérité budgétaire et réduction des dépenses, en général baisse drastique des budgets sociaux “non-productifs” (santé, éducation, subventions aux produits de base) ; dévaluation de la monnaie locale ; taux d’intérêt élevés, pour attirer les capitaux étrangers avec une rémunération élevée ; production agricole toute entière tournée vers l’exportation (café, coton, cacao, arachide, thé etc.) pour faire rentrer des devises, donc réduction des cultures vivrières et déforestation pour gagner de nouvelles surfaces ; ouverture totale des marchés par la suppression des barrières douanières ; libéralisation de l’économie, notamment abandon du contrôle des mouvements de capitaux et la suppression du contrôle des changes ; fiscalité aggravant encore les inégalités avec le principe d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la préservation des revenus du capital ; privatisations massives des entreprises publiques, donc un désengagement de l’État des secteurs de production concurrentiels… La potion est très amère.

    Par exemple, au Mali, Alpha Oumar Konaré est élu Président en 1992, après la dictature du général Moussa Traoré. Sa politique est docile à l’égard du FMI et son but est le rétablissement des grands équilibres macro-économiques. Il s’applique à promouvoir les activités marchandes privées et à assainir le secteur public, comme on dit au FMI. Les effectifs de la fonction publique passent alors de 45 000 en 1991 à 37 700 en 1998, et les salaires publics subissent une baisse en valeur réelle comprise entre 11 % et 18 %. La pression fiscale est passée de 8,5 % en 1988 à 14 % en 1998, tandis que les dépenses courantes sont passées de 15 % du PIB à 10,8 %. Et le gouvernement est tout fier d’en déduire que sur le plan des grands équilibres, “la politique d’ajustement a permis une amélioration notable” ! Sur les 90 entreprises publiques en 1985 au Mali, il en reste 36 en 1998, 26 ayant été liquidées et 28 privatisées. Si bien qu’en 1988, 75 % des recettes fiscales du gouvernement passaient dans la masse salariale de ses fonctionnaires, contre 27 % en 1998. C’est ce que le gouvernement qualifie d’”assainissement notable des dépenses”. Et ça continue : en 2000, audits de la Caisse de Retraite du Mali (CRM) et de l’Institut National pour la Prévoyance Sociale (INPS) et adoption d’un plan d’assainissement de leurs finances ; vente de 60 % du capital d’Électricité du Mali (EDM) ; vente de l’Hôtel de l’Amitié ; privatisation à 35 % de la Société Nationale des Tabacs et Allumettes du Mali (SONATAM), avec privatisation totale en vue ; liquidation de la Société Malienne de Matériel de Travaux Publics (SLMTP), de l’Office des Relais Touristiques (ORT) et de la Société Nationale de Recherche et d’Exploitation Minière (SONAREM).

    Pourtant le niveau de vie des populations ne décolle pas pour autant. Quelques chiffres suffisent : en 1999, le taux brut de scolarisation primaire est de 56 % ; le nombre moyen d’élèves par enseignant dans le primaire est 79 ; 27 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition ; 59 % de la population a accès à un centre de santé à moins de 15 km ; 17 % des logements sont équipés de l’eau courante et 12 % de l’électricité.

    Autre exemple : en juillet 1999, le FMI a accordé un crédit à Madagascar. En échange, le gouvernement procède à d’importantes réformes structurelles, comme la privatisation de la seconde banque publique du pays (une banque agricole), ainsi qu’à la libéralisation des secteurs des télécoms, de la pêche et des ressources minières. La compagnie pétrolière publique (Solima) fut privatisée avec retard, en juin 2000 seulement. Mais, comme le pays appliquait gentiment la politique qu’on entendait lui imposer, il méritait une nouvelle bouffée d’oxygène financière. Dès juillet 2000, la première tranche d’un nouveau crédit d’ajustement structurel de la Banque mondiale fut débloquée. C’est donnant-donnant…

    En outre, le FMI a l’habileté de faire reposer la responsabilité de ces décisions sur les gouvernements en place au Sud. Tous les ans, chaque État doit établir des rapports analysant la situation économique et traçant des perspectives pour l’avenir. Dans un sens ultralibéral, bien évidemment. Les prêts et rééchelonnements divers ne sont accordés qu’à condition que ces rapports aillent dans le “bon” sens, complétés par des visites de gentlemen de la Banque Mondiale ou du FMI pour s’en assurer directement. En fait, les institutions financières internationales font signer par les autorités en place la liste de leurs propres revendications, pour mieux expliquer le cas échéant qu’elles n’ont fait qu’entériner les choix des autochtones… Le mécanisme de la dette est un mécanisme de subordination très subtil et très impressionnant.

    Acte 4 : L’utilisation des sommes au Sud

    Les emprunts massifs contractés par les dirigeants des pays du Sud n’ont pourtant que très peu profité aux populations. La majeure partie fut décidée par des régimes dictatoriaux, alliés stratégiques de grandes puissances du Nord. Une partie importante des sommes empruntées a été détournée par ces régimes corrompus. Ils ont d’autant plus facilement accepté d’endetter leur pays qu’ils ont prélevé au passage des commissions avec le soutien des autres acteurs de l’endettement. Comment expliquer qu’à sa mort, Mobutu Sese Seko, à la tête du Zaïre pendant plus de 30 ans, disposait d’une fortune estimée à 8 milliards de dollars, équivalant aux deux tiers de la dette de son pays, sans compter l’enrichissement de ses proches ? Ou qu’à Haïti, en 1986, la dette extérieure s’élevait à 750 millions de dollars lorsque la famille Duvalier, qui a gouverné d’une main de fer pendant trente ans (d’abord François – dit Papa Doc – puis Jean-Claude – dit Bébé Doc), a pris la fuite vers la Côte d’Azur française avec une fortune évaluée à plus de 900 millions de dollars ? Quelle autre explication trouver à l’enrichissement de la famille de Suharto en Indonésie dont la fortune, au moment où il a été chassé du pouvoir en 1998 après 32 ans de règne, était estimée à 40 milliards de dollars, alors que son pays était en plein marasme ?

    Parfois, comme dans le cas de la dictature argentine (1976-1983), la situation est ubuesque. Pendant cette période, la dette a été multipliée par 5,5 pour s’élever à 45 milliards de dollars en 1983, essentiellement contractée auprès de banques privées, avec l’accord des autorités américaines. Dès 1976, un prêt du FMI avait donné un signe fort aux banques du Nord : l’Argentine de la dictature était fréquentable. La junte au pouvoir a recouru à un endettement forcé des entreprises publiques, comme la compagnie pétrolière YPF dont la dette externe est passée de 372 millions de dollars à 6 milliards de dollars, elle a donc été multipliée par 16 en 7 ans. Mais les devises empruntées à cette époque ne sont pratiquement jamais arrivées dans la caisse des entreprises publiques. Les sommes empruntées aux banques des États-Unis y étaient en grande partie replacées sous forme de dépôts, à un taux inférieur à celui de l’emprunt. On a assisté alors à un enrichissement personnel des proches du pouvoir dictatorial via des commissions importantes. A titre d’exemple, entre juillet et novembre 1976, la Chase Manhattan Bank a reçu mensuellement des dépôts de 22 millions de dollars et les a rémunérés à environ 5,5 % ; pendant ce temps, au même rythme, la Banque centrale d’Argentine empruntait 30 millions de dollars à la même banque à un taux de 8,75 %. Tout cela s’est fait avec le soutien actif du FMI et des États-Unis, permettant un maintien du régime de terreur tout en rapprochant l’Argentine des États-Unis après l’expérience nationaliste de Peron et de ses successeurs.

    Ainsi, la dette s’est accrue très vite, tout comme la richesse personnelle des proches du pouvoir. Ce fut également bénéfique pour les banques du Nord : l’argent revenait en partie dans leurs coffres, et pouvait être prêté de nouveau à d’autres qui l’ont eux aussi remboursé… De plus, la fortune des dictateurs était très utile aux banques car elle leur servait de garantie. Si soudain le gouvernement d’un pays endetté montrait de la mauvaise volonté à rembourser les prêts contractés au nom de l’État, la banque pouvait gentiment menacer de geler les avoirs personnels secrets des dirigeants, voire de les confisquer. La corruption et les détournements ont donc joué un rôle important.

    Par ailleurs, l’argent qui parvenait tout de même dans le pays emprunteur a été utilisé de manière bien ciblée.

    Les crédits sont allés en priorité aux méga-projets énergétiques ou d’infrastructures (barrages, centrales thermiques, oléoducs…), très souvent inadaptés et mégalomaniaques, que l’on a surnommés “éléphants blancs”. Le but n’était pas d’améliorer la vie quotidienne des populations sur place, mais plutôt de parvenir à extraire les richesses naturelles du Sud et les transporter facilement vers le marché mondial. Par exemple, le barrage d’Inga au Zaïre a permis de tirer une ligne à haute tension sans précédent de 1.900 kilomètres vers le Katanga, province riche en minerais en vue de leur extraction. Mais cette ligne ne s’est pas accompagnée de l’installation de transformateurs pour fournir de l’électricité aux villages qu’elle survole…

    Cette logique prévaut encore régulièrement, comme le prouve la construction du pipe-line Tchad-Cameroun, lancé au milieu des années 1990 et permettant d’amener le pétrole de la région de Doba (Tchad, enclavé) au terminal maritime de Kribi (Cameroun), à 1.000 kilomètres de là. Sa mise en place se fait au plus grand mépris des intérêts des populations. Par exemple, à l’origine, pour indemniser les populations des dommages causés par ce projet cofinancé par la Banque mondiale et associant Shell, Exxon et Elf, les responsables ont proposé 3000 FCFA (4,5 dollars) par pied de manguier détruit, alors que selon le député tchadien Ngarléjy Yorongar, la première production de cet arbre peut donner 1000 mangues dont chacune peut se négocier environ 100 FCFA (0,15 dollar)…

    L’achat d’armes ou de matériel militaire pour opprimer les peuples a aussi compté dans la montée de l’endettement. Nombre de dictatures ont maintenu leur emprise sur les populations en achetant à crédit des armes, avec la complicité active ou passive des créanciers. Les populations d’aujourd’hui remboursent donc une dette qui a permis d’acheter les armes responsables de la disparition des leurs, que l’on pense aux 30.000 disparus en Argentine sous la dictature (1976-1983), aux victimes du régime d’apartheid en Afrique du Sud (1948-1994) ou du génocide au Rwanda (1994). L’argent emprunté servait aussi à alimenter les caisses noires des régimes en place, pour compromettre les partis d’opposition et financer des campagnes électorales coûteuses et des politiques clientélistes.

    Les prêts vont aussi en priorité à l’aide liée. L’argent sert alors à acheter des produits fabriqués par les entreprises du pays créancier, contribuant à redresser sa balance commerciale. Les besoins réels des populations des PED passent au second plan.

    Infrastructures imposées par les multinationales du Nord, aide liée, achat d’armes pour une répression massive, détournements et corruption, voilà à quoi ont servi les sommes empruntées pendant des décennies.

    Acte 5 : la coupe déborde

    Dans les années 90, dans leur très grande majorité, les pays en développement sont tombés sous la coupe du FMI. Mais rien n’est réglé pour autant, bien au contraire. La dette continue sa course folle, on l’a vu, et les crises financières se multiplient. L’ouverture totale du Tiers Monde aux capitaux étrangers et les mesures libérales imposées par le FMI ont attiré des capitaux fortement volatils, prêts à déguerpir dès les premiers signes de fragilité économique. Ce fut le cas en Amérique du Sud en 1994, puis en Asie du Sud-Est en 1997, en Russie en 1998, de nouveau en Amérique latine en 1999, en Turquie entre 1999 et 2002, en Argentine en 2001-2002, au Brésil en 2002. Mais toujours et partout, les mêmes recettes sont imposées : de nouveaux prêts en échange d’une libéralisation accentuée de l’économie. D’ailleurs ces nouveaux prêts alourdissent la dette, mais ne sont pas destinés à restaurer un peu de bien-être pour les populations du Sud. Ils sont juste là pour permettre à l’État en crise de rembourser ses créanciers du Nord, souvent responsables d’investissements risqués et hasardeux…

    A chaque fois, la priorité est donnée à la poursuite du remboursement de la dette. Ainsi, depuis la crise de 1994, les revenus des exportations de pétrole du Mexique transitent par un compte situé au États Unis, et un magistrat américain a l’autorisation de bloquer les flux de ce compte vers le Mexique s’il ne rembourse pas sa dette. Les États ainsi dominés par le FMI perdent leur souveraineté : c’est effectivement une colonisation économique.

    La dégringolade du prix des matières premières se poursuit inexorablement. Ce que l’on observe ressemble bien plus à du pillage des ressources du Sud qu’à des échanges commerciaux équitables.

    Au milieu des années 90, les dirigeants des pays les plus riches sont particulièrement inquiets pour le système financier international. En 1996, le sommet du G7 de Lyon décide donc de lancer une initiative fort médiatisée pour alléger quelque peu la dette des pays pauvres : l’initiative PPTE (“Pays pauvres très endettés”).

    Cette initiative, renforcée au sommet du G7 de Cologne en 1999, est censée alléger la dette des pays pauvres et très endettés. Mais elle est mal née : elle ne résout rien. Elle ne concerne qu’un petit nombre de pays très pauvres (42 sur 165 PED) et son but se limite à rendre leur dette extérieure soutenable. Le FMI et la Banque mondiale essaient d’alléger la dette juste ce qu’il faut pour mettre fin aux arriérés et aux demandes de restructurations, sans même y parvenir d’ailleurs. Mais surtout ils profitent de cette initiative qui semble généreuse pour imposer un renforcement de l’ajustement structurel. Malgré une apparence de changement, la logique demeure.

    Pour bénéficier d’un allégement de dette dans le cadre de l’initiative PPTE, les étapes sont nombreuses et exigeantes, et nécessitent un temps démesurément long.

    Tout d’abord, les pays susceptibles d’y prétendre doivent, selon le FMI, “avoir un degré d’endettement intolérable” et “établir des antécédents positifs dans la mise en œuvre de réformes et de bonnes politiques économiques au moyen de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale”. Il s’agit d’un véritable parcours du combattant. Le pays concerné par cette initiative doit d’abord signer un accord avec le FMI afin de mener pendant une période de trois ans une politique économique approuvée par Washington. Cette politique s’appuie sur la rédaction d’un Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). Ce document précise dans le détail la liste des privatisations, les mesures de dérégulation économique permettant de générer des ressources pour le remboursement de la dette d’une part, et comment d’autre part les fonds résultant de l’allégement seront utilisés, notamment pour lutter contre la pauvreté. On voit la contradiction.

    À l’issue de cette période de trois ans, le FMI et la Banque mondiale cherchent à savoir si la politique suivie par ce pays est suffisante pour lui permettre de rembourser sa dette. Le critère retenu pour déterminer une éventuelle insoutenabilité de la dette est le rapport entre la valeur actuelle de sa dette et le montant annuel de ses exportations. Grosso modo, si ce ratio est supérieur à 150 %, la dette est estimée insoutenable. Dans ce cas, ce pays atteint le point de décision et est déclaré admissible à l’initiative PPTE.

    Un pays ayant atteint favorablement le point de décision doit alors poursuivre l’application des politiques agréées par le FMI et rédiger un DSRP définitif. La durée de cette période varie entre un et trois ans, elle est déterminée par la rédaction du DSRP et la mise en œuvre satisfaisante des réformes-clés convenues avec le FMI. Ces réformes-clés correspondent en fait à un renforcement de l’ajustement structurel des années 1980 et 1990, rebaptisé DSRP pour la circonstance.

    Puis arrive le point d’achèvement. Le pays bénéficie alors d’une légère réduction du stock de sa dette extérieure de façon à la rendre soutenable. L’allégement permet finalement de faire payer les PED au maximum de leurs possibilités. En fait, on annule essentiellement les créances impayables. L’initiative PPTE est avant tout destinée à garantir la pérennité des remboursements et à dissimuler le renforcement de l’ajustement structurel sous une apparence de générosité. En 2000, soit quatre ans après le début de l’initiative, les 42 PPTE ont transféré des sommes colossales au Nord : le transfert net sur la dette a été négatif pour eux d’environ 2,3 milliards de dollars.

    Dès 2000, la CNUCED est très claire : “Les espoirs que l’on fonde actuellement sur la mise en œuvre de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) ne sont pas réalistes. L’allégement de la dette envisagé ne suffira pas à rendre celle-ci supportable à moyen terme (…) ; par ailleurs, l’ampleur de l’allégement de la dette et la manière dont il interviendra n’auront pas d’effets directs majeurs sur la réduction de la pauvreté.”

    Au total, 34 parmi les 42 PPTE sont des pays d’Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter 4 pays d’Amérique latine (le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, le Guyana), 3 pays d’Asie (le Laos, le Vietnam et Myanmar) et le Yémen. Seuls les pays très pauvres et très endettés peuvent espérer de légers allégements. Ainsi le Nigeria est très endetté, mais comme il s’agit d’un pays producteur de pétrole, il n’est pas jugé assez pauvre. Haïti, un des pays les plus pauvres de la planète, n’est pas jugé assez endetté pour être éligible. Et les pays où vivent la plupart des pauvres de la planète ne sont pas concernés : la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, l’Argentine, le Mexique, les Philippines, le Pakistan, etc. Les PPTE ne représentent que 11 % de la population totale des PED. Comment espérer sortir de l’impasse financière actuelle où sont plongés tous les PED avec une telle initiative ?

    Même ces 42 pays ne seront pas tous bénéficiaires d’allégements. En effet, le Laos ne demande pas à profiter de cette initiative, parce que ses dirigeants jugent qu’elle apporte plus d’inconvénients que d’avantages. De plus, 4 pays sont arrivés au point de décision et ont eu une réponse négative : l’Angola, le Kenya, le Vietnam et le Yémen. Leur endettement est jugé soutenable, même si par exemple l’Angola, ravagé par 25 ans de guerre civile entretenue par les multinationales pétrolières, a dû affronter en 2002 une famine sans précédent sur son territoire… Enfin, les prévisions indiquent que trois autres pays ne sont pas en mesure de bénéficier de l’initiative (à cause d’un état de guerre ou d’un manque de coopération avec les pays riches) : le Liberia, le Soudan et la Somalie, ainsi sanctionnés parce qu’ils ne sont pas politiquement corrects. L’initiative PPTE concerne donc au mieux 34 pays.

    En décembre 2002, 26 pays avaient atteint le point de décision, et 6 d’entre eux avaient atteint le point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso et la Mauritanie.

    La CNUCED est toujours très lucide dans son rapport de septembre 2002 : “Après presque deux décennies de programmes d’ajustement structurel, la pauvreté a augmenté, la croissance est le plus souvent lente et erratique, les crises rurales se sont aggravées et la désindustrialisation a mis à mal les perspectives de croissance. Depuis deux ans la réduction de la pauvreté est devenue l’objectif fondamental des programmes et des activités des institutions financières internationales en Afrique et dans d’autres pays à faible revenu. Ce changement d’attitude mérite d’être salué. Mais y a-t-il eu une évolution des esprits ?” Ou encore : “Un examen détaillé des mesures macroéconomiques et d’ajustement structurel figurant dans les DSRP permet de constater qu’il n’y a pas de remise en cause fondamentale des conseils formulés dans le cadre de ce que l’on appelle le Consensus de Washington.” Detlef Kotte, l’un de ses cadres dirigeants, n’hésite pas à écrire : “Le FMI ou la Banque mondiale ont changé les mots, changé les sigles, changé leur mode de consultation, mais n’ont rien changé à leur credo.” On le voit, aujourd’hui le problème de la dette reste entier.
    J’espère que cette petite histoire est assez parlante pour les uns et les autres. Aussi quand on joue une partie d’échecs contre quelqu’un il faut comprendre les règes du jeu et ne jamais jouer au coup par coup. Qui dirige la partie ? Quelles sont les règles du jeu ? Quel est le prochain objectif de celui qui mène cette partie ? par quel coup je peux me sortir d’une mauvaise passe ? Autant de questions qu’il faut se poser avant de juger que la création de monnaie est le seul exutoire.
    Aussi de manière insoluble il reste le problème de la dette Comment allons nous contrecarrer l’action ce ceux qui nous chargent de dettes ? Comment payer nos dettes? (bailleurs de fonds “FMI et Banque Mondiale” et nos créanciers)
    Faudrait-il songer à refuser de payer les “dettes” de nos pays, puis faire valoir l’idée du remboursement ? Et espérer que l’excédent qui a été versé aux occidentaux par leurs mécanismes peu fair-plays afin de se faire dédommager de tout (dégâts écologiques, pollutions, et dettes morales et historiques).

    Avant le tournant des années 90, la majorité des guerres civiles reflétaient l’opposition Est-Ouest, communisme-libéralisme. De nos jours, elles s’apparentent, du moins du côté des rebellions, à une lutte pour plus de justice, de démocratie et de liberté
    - Commerce international : L’agriculture subventionnée
    Notons que l’économie africaine est prioritairement dépendante du secteur primaire. (Production à faible valeur ajoutée cacao, café, bois, hévéa, etc.)
    Par quels moyens cette nouvelle monnaie va-t-elle contourner l’écueil que constituent les subventions des pays riches (USA, PAC pour l’Europe) sur le marché international ? Comment l’agriculteur malien va-t-il pouvoir ne pas vendre son coton à perte sur ledit marché ? Comment cette nouvelle monnaie va-t-elle défendre les intérêts des africains dans le cadre des accord de l’OMC ?

    Les économies
    En absence de crédit, l’Economie ne peut pas s’épanouir de fait les pays africains riches en ressources naturelles sont économiquement pauvres, s’ils ne peuvent exercer librement leur droit de battre-monnaie.
    La monnaie étant un bien vide, parce que fabriquée à partir de la seule garantie du retour d’investissement. En d’autres termes, la monnaie n’est pas une richesse, elle permet de mesurer la valeur marchande des richesses produites/échangées ; de liquider les transactions économiques concourant à la mise à disposition desdites richesses. Cette nouvelle monnaie va mesurer quelles valeurs marchandes en comparaison avec les autres acteurs économiques internationaux ?

    La production de la monnaie ne suit qu’une logique, celle du crédit à la production. Il s’ensuit que pour un Etat, en principe créer de la monnaie, c’est faire crédit à l’économie en échange de biens et services à destination publique alors notre nouvelle monnaie traduira quel crédit à quelle production ?
    Le fait de créer un nouvelle monnaie n’est pas un coup de baguette magique pour notre développement ne passe pas que par cet acte. Alors comment cette nouvelle monnaie va-t-elle nous défaire des travers de nos gestions calamiteuses ? Comment cette nouvelle monnaie va-t-elle participer à la réduction des dépenses injustifiables et contre-productives (dettes, fuites de capitaux, thésaurisation des capitaux, la dépendance économique envers l’étranger, etc…) Comment cette idée de créer une nouvelle monnaie nous défait et résout ces problèmes ?
    Si l’idée d’une monnaie africaine est plaisante, mais au jour d’aujourd’hui, avec des leaders qui ne font absolument aucune différence entre leurs poches et le trésor public, avec des pays qui affolent tous les indicateurs de corruption, on coulerait à pic, mais je peux me tromper, bien sûr.
    La majorité des pays qui sont supposés garantir la pérennité de la dite nouvelle monnaie sont des Etats en crise, des Etats qui sont en crise car ils subissent de plein fouet les dévaluations, l’ostracisme des bailleurs de fonds occidentaux, une gestion calamiteuse et de plus ils n’ont pas diversifié leurs sources d’approvisionnement fiscal, la majorité de ces Etats se sont contentés de la fiscalité de porte quand ils ne pratiquent pas de manière forcée un politique protectionniste afin de lever de maigre revenus fiscaux. De fait, cette stratégie a favorisé une économie extravertie dont la principale activité est l’import export. Ces pays ne peuvent pas lever beaucoup d’impôts par voie de fait parce qu’ils n’ont pas augmenté leurs sources de richesse à partir de leurs rentes dégagées sur les avantages comparatifs qu’ils disposaient avec l’économie de traite coloniale. Un Etat doit être réactif et proactif dans la mise en place des infrastructures favorisant de nouvelles sources de richesse. La règle étant ne pas toujours mettre ses œufs dans un même panier. Alors avec des économies peu structurées qui sont dotées d’assiettes fiscales étroites qui nt des pratiques économiques qui vont à l’encontre du bon sens le plus élémentaire comment arrive-t-on à devenir actif et proactif grâce à la nouvelle monnaie ? De plus, des études ont montré que les investisseurs étrangers attirés uniquement par la politique de privatisation et également par les mesures d’incitation fiscale et financière sont irréguliers, volatils et non durables. Ces caractéristiques bien qu’essentielles, ne sont pas suffisantes au décollage économique de nombre de pays Africains. Alors le kamita suffira-t-il à assurer le décollage économique de tous les pays africains moribonds ?

    Les facteurs de convergence
    Certes, il y a d’abord et surtout l’hétéronomie politique séculaire de l’Afrique et ses corollaires en matière de gaspillages, gabegie, corruption, etc. Mais du point de vue économique, le nœud du problème réside dans la maîtrise des phénomènes financiers et leurs oripeaux tels que le crédit, le surendettement, le déficit budgétaire, l’impôt, etc.
    Alors face à ce lourd fardeau comment est-il possible de trouver des facteurs de convergence à ses différents pour assurer la viabilité de cette monnaie avec un tel passif en plus des tentatives de déstabilisation venant de l’intérieur de la part de ses détracteurs, des puissances colonisatrices qui la voient d’un mauvais œil .

    Stabilité politique des états membres
    Aujourd’hui en Afrique, quatorze (18) pays sont en guerre ou vivent une situation précaire d’après-guerre ou encore, sont embourbés dans un contexte qui, s’il n’est pas celui de guerre, peut malheureusement en constituer l’étape préliminaire
    La Guinée Conakry, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone ; en Afrique de l’Est, l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie, le Soudan et l’Ouganda ; en Afrique centrale, le Burundi, la République démocratique du Congo et le Rwanda, le Tchad, la Centrafrique, le Cameroun ; enfin en Afrique australe, l’Angola et le Zimbabwe.
    A titre d’exemple, Somalie demeure fragmentée, sans Etat, comme “hors du monde”, malgré une dizaine de tentatives de réconciliation en cinq ans. Entre l’Ethiopie et l’Erythrée, le conflit tourne à la boucherie, pour quelques arpents de frontière, entre frères d’armes devenus ennemis…
    En Algérie, au fil des cinq dernières années, l’horreur s’est banalisée…
    En Angola, une “guerre de cent ans” s’est de nouveau rallumée, signant un des échecs les plus retentissants de l’ONU et de la communauté internationale, dans un pays qui avait été le théâtre sanglant d’un des grands affrontements Est-Ouest des années 70 et 80, et où un siècle – de paix ! – serait nécessaire pour venir à bout du déminage…
    Je fais fi des pays comme le Libéria ou la sierra Léone, du soudan du Tchad ou même de la Centrafrique.
    Ma question est simple est-ce dans c


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